On en parlera lors de notre soirée FFI du 8 avril prochain (inscription sur notre site) en compagnie de Bénédicte Epinay, secrétaire générale du Comité Colbert.
« On n’ajuste pas sa politique industrielle en fonction des droits de douane », titraient avant-hier Philippe Bertrand et Virginie Jacoberger-Lavoue dans Les Échos.
C’est Axel Dumas, patron d’Hermès, qui a prononcé cette phrase quand les journalistes lui ont demandé s’il comptait délocaliser ses ateliers pour éviter les récentes taxes à l’importation américaines.
« Quand les droits de douane augmenteront, on augmentera nos prix en conséquence », a poursuivi le PDG d’Hermès.
À le lire, on comprend pourquoi son entreprise figure chaque année en tête du classement Marianne des grands groupes les plus attachés à créer de l’emploi en France.
Face à l’agitation douanière du moment, les grandes maisons françaises du luxe gardent leur calme et observent.
« Je préfère ne rien dire sur les taxes, je préfère agir, avec calme », avait dit Bernard Arnault, le PDG de LVMH, en janvier dernier.
Pourtant, de nombreux analystes s’inquiètent pour ce secteur. Il a su, jusqu’ici, traverser les crises de façon remarquable. Grâce notamment à sa capacité à monter ses prix.
En quatre ans, les tarifs en maroquinerie ont grimpé de plus de 50 %. Hermès a augmenté ses prix de 9 % en 2024 et prévoit +4 % en 2025. Mais cette stratégie est risquée face à une partie de la clientèle selon Luca Solca.
Cité par Les Échos, ce spécialiste de Bernstein estime que les millennials et la Gen Z sont plus sensibles aux prix que les autres. Or, ils constituent chaque année une part croissante de la consommation du secteur. Une trop grande inflation pourrait freiner leurs achats.
Quant aux clients traditionnels, plus fortunés et moins regardants sur les étiquettes, ce ne sont pas les taxes qui les retiennent, mais l’incertitude économique et géopolitique.
Selon Joëlle de Montgolfier (Bain & Company), aussi citée par Les Échos, les déclarations imprévisibles de Trump installeraient un climat peu propice à la consommation de ces catégories.
L’enjeu américain est de taille. Car les US représentent 22 % du marché mondial du luxe. L’an dernier, ils ont repris le flambeau de la croissance quand le dynamisme du marché chinois (30 % du marché) s’est enrayé.
Malgré ces menaces, Hermès et ses confrères restent attachés à leur ancrage européen. La production de luxe reste centrée en France, en Italie ou en Suisse. Notamment pour la maroquinerie, la joaillerie et l’horlogerie, qui nécessitent un savoir-faire difficilement délocalisable.
Seul Louis Vuitton a initié une implantation industrielle aux États-Unis, avec un atelier au Texas inauguré en 2019.
Les acteurs du luxe vont-ils maintenir leur stratégie de production ? Ou vont-ils la redéfinir comme le souhaite DonaldTrump ? Pour le moment, le madeinFrance tient bon.