Emmanuel Egloff (Le Figaro) publiait hier un article sous ce titre. Il rappelle à quel point investir dans les innovations de rupture est risqué. Même (surtout ?) quand on le fait pour des raisons éthiques… Et qu’on est soutenu par l’État.
Malgré les annonces de ces dernières années, la filière hydrogène peine à se développer. Elle a pourtant tout pour séduire une civilisation qui veut se décarboner.
Car, quand il est créé à partir d’ENR (hydrogène vert), l’hydrogène a de nombreuses vertus :
– Dans la mobilité, il permet de produire de l’e-fuel pour avion ou d’alimenter les piles à combustible de véhicules.
– Il peut remplacer le charbon pour produire de l’acier et décarboner de nombreuses industries lourdes.
– En se combinant aux ENR, il permet de stocker l’électricité issue de ces sources d’énergie intermittentes.
Toutes ces opportunités ont créé des vocations. D’autant que l’État et la Commission européenne ont fléché d’importantes sommes vers le secteur. La France a ainsi mis sur la table 9 milliards d’€ ces dernières années. StartupNation oblige.
C’est ainsi que des centaines de startups et de grands groupes, incités par les contraintes réglementaires (les raffineries ont été obligées d’investir dans ces technologies) ou par l’appât du gain, ont lancé 1 125 projets dans le monde selon l’Hydrogen Council.
Malheureusement, même avec des infrastructures subventionnées, la production d’hydrogène vert est beaucoup plus chère que celle d’hydrogène gris (à partir de gaz).
Et, comme on le constate dans tous les secteurs économiques (demandez à Shein), quand un produit responsable est plus cher qu’un autre qui pollue… les clients achètent celui qui pollue. (Après, ils vont faire une fresque du climat et hop ! Ils sont pardonnés).
Bilan : 98 % des projets annoncés en Europe sont à l’arrêt. Ils sont, selon une étude d’EY, restés au stade de concept ou se sont définitivement arrêtés.
Hyvia (Renault et Plug Power), par exemple, a été liquidée. Safra, fabricant français de bus à hydrogène, a été placé en redressement, et McPhy a annoncé des résultats décevants.
Emmanuel Egloff énumère également les spectaculaires chiffres du secteur de la mobilité : « En France, il y a 52 bus à hydrogène en circulation, 7 bennes à ordures, 17 autocars et 5 camions. Aucun fabricant de poids lourds n’en commercialise, alors que les offres électriques sont nombreuses ».
Airbus aussi a reporté son projet d’avion hydrogène à 2040.
L’industrie a besoin de temps long et de stabilité, paraît-il. Malheureusement pour les entreprises engagées sur le secteur, les priorités d’investissement public ont changé brusquement : La défense et l’IA ont succédé à l’hydrogène.
Pendant ce temps, la Chine, qui fait, elle, des plans à long terme (et les suit), prend le large. Elle fabrique 50 % des électrolyseurs, 60 % de l’hydrogène vert, 90 % des véhicules lourds à hydrogène.