Christine Klamm : pourquoi la reprise d’entreprise est-elle un enjeu de souveraineté ?

Ex-JP Morgan, Christine Klamm accompagne les repreneurs avec Repreneur d’Exception et FFI Transmission. Son regard sur la reprise d’entreprise en France.

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Christine Klamm, fondatrice de Repreneur d'Exception et membre de FFI Transmission

Christine Klamm : « Le mauvais repreneur d’entreprise, il voit une boîte, il la reprend ; le bon, il voit une boite et, là, il la reprend. »

Pendant des dizaines d’années, Christine Klamm a piloté des restructurations dans les couloirs de JP Morgan. Au début des années 2020, elle a tout quitté pour se former à un métier qu’elle admet avoir découvert assez tard : l’entrepreneuriat au travers de la reprise d’entreprise. Aujourd’hui, avec Repreneur d’Exception, elle accompagne jeunes et moins jeunes vers le rachat de boîtes françaises menacées de disparition.

Transmission d’entreprise : l’angle mort de la reconquête industrielle

Il manque à la France la moitié des ETI dont disposent ses voisins européens. C’est déjà compliqué.

Mais la vraie menace, c’est qu’en plus du reste, des milliers de dirigeants partiront bientôt à la retraite sans avoir trouvé d’héritiers. Comme l’a rappelé à plusieurs reprises le ministre Serge Papin, des dizaines de milliers d’entrepreneurs s’apprêtent à céder leur entreprise ou leur fonds de commerce. Et si ce ne sont pas des Français qui reprennent ces entreprises, certaines fermeront ou seront reprises par d’autres.

Chez les FFI, on sait que la transmission d’entreprise est l’un des angles morts de la reconquête industrielle : on a beau vouloir bâtir des usines, si personne ne reprend celles qui existent et n’essaie de créer des petits champions, c’est partir à la guerre sans munitions.

C’est précisément sur ce terrain que Christine Klamm a choisi de se battre.

« J’ai horreur de rester dans un job où c’est toujours la même chose »

Christine Klamm a passé trente-quatre ans dans la même maison.

Chez JP Morgan, elle a fait de la restructuration pendant plus de vingt ans. « On me donnait ma mission en une phrase et je devais penser toute la stratégie puis exécuter », résume-t-elle.

Pour elle, ça a été une école complète mais, responsable des paiements, de la tréso et du crédit de la zone EMEA, elle a fini par faire « de l’exécution, sans stratégie et sans changement ». Elle s’ennuyait, pour ne pas dire autre chose.

Le déclic s’est fait plutôt en douceur : « J’ai réalisé que je faisais de l’intrapreneuriat, et qu’il n’y avait qu’un pas vers l’entrepreneuriat, alors autant faire le pas. » Elle s’est donc lancée.

En réalité, cette envie ne tombe pas de nulle part.

Le fil remonte à ses parents, entrepreneurs qui, la cinquantaine venue, avaient repris deux bijouteries. « Ils voulaient que je reprenne leur société, le concept d’entreprise m’intéressait mais le secteur non. » Elle a vu la reprise de près, en famille.

Elle a donc d’abord repris elle-même un actif puis, il y a trois ans, travaillé sur la reprise d’une autre entreprise en association (dans le négoce), tout en accompagnant des amis à réussir leurs propres reprises d’entreprise.

« On est au pied d’une falaise démographique »

Avec Repreneur d’Exception, Christine Klamm accompagne aujourd’hui ceux qui veulent racheter une entreprise.

Son travail est de les aider à définir leur « individualité absolue » pour aborder le marché là où ils ont le plus de valeur.

Autrefois réservée aux proto-vieillards (toutes nos excuses aux lecteurs de plus de 40 ans), la reprise attire des profils plus jeunes : « Beaucoup de jeunes ouvrent les yeux sur le sujet et réalisent que c’est vraiment possible. »

Comme vous le savez, chers résistants, derrière les trajectoires individuelles, il y a un enjeu de pays.

« On est au pied d’une falaise démographique », prévient-elle. Le tissu français est fait à 85 % de TPE, souvent trop petites pour survivre seules. « Il faut faire du build-up, fusionner, pour bâtir des entreprises de taille à résister face à la concurrence. »

Il y a beaucoup de raisons à cette faiblesse : les dirigeants sont plus techniciens que commerciaux, la fiscalité pèse, l’entrepreneur est mal valorisé… Et il manque des profils formés au développement d’entreprise.

C’est là qu’elle veut convaincre les cadres qui hésitent.

Ils stressent tous sur les mêmes sujets : « Je ne sais pas comment faire, je ne sais pas comment financer, je ne sais pas où trouver une entreprise, je n’ai pas de réseau… »

Blablabla… Sauf qu’avec une méthode, une structure d’accompagnement et son propre réseau mis au service des repreneurs, impossible n’est pas français.

« Quand il faut faire, il n’y a plus personne »

Naturellement, aux FFI, on est venu la chercher.

Ce qu’elle y trouve tient en une ligne de conduite qui lui ressemble : « Aux FFI, on n’est pas là pour critiquer et dire que tout va mal. Tout le monde sait qu’il y a des problèmes. Mais quand il faut faire, il n’y a plus personne. »

Le mouvement, à ses yeux, tient un discours vrai sur les difficultés tout en cherchant à les résoudre, de quoi, dit-elle, « donner du souffle à l’entrepreneuriat ».

FFI Transmission : un collectif pour accompagner repreneurs et cédants

Bonne nouvelle : il semble qu’il y ait de plus en plus de candidats à la reprise d’entreprise. Chaque cédant devrait donc trouver son repreneur. Malheureusement, l’offre a souvent du mal à rencontrer la demande, notamment parce que les cessions ne sont pas assez préparées côté vendeur ou trop difficilement financées côté acheteur.

C’est pourquoi les FFI ont mis en place FFI Transmission, un collectif de membres chargé d’animer la communauté des repreneurs et des cédants de nos clubs, de s’entourer de toutes les compétences et les moyens pour accompagner ceux qui le souhaitent et de les aider à financer plus facilement leur projet. Sa première mission : créer un parcours d’accompagnement pour maximiser les chances de chacun de trouver le bon parti, un vendeur quand on veut acheter et un acheteur quand on veut vendre.

Christine Klamm en est l’une des chevilles ouvrières, aux côtés de Géraldine Arnaud (Financ’ile), qui a pris le lead sur le sujet, de Laurent Cheynet et Corinne Previtali (conseil M&A et financements dédiés aux entrepreneurs) et de Macha-Pascale Sokolow, avocate associée de Gramond Avocats. Des partenaires FFI comme EPSA, le Groupe Référence, la Caisse d’Epargne ou Arkéa appuient déjà la démarche. Christine publie par ailleurs chez Dunod un livre consacré à la reprise d’entreprise : La boîte à outils de la reprise d’entreprise.

Vous avez créé un search fund, votre entreprise est en quête d’acquisitions ou vous êtes un repreneur individuel potentiel ? Prenez contact avec FFI Transmission : ses membres pourront sans doute vous faire gagner un temps précieux.

En formant des repreneurs, Christine Klamm mène un combat que les FFI portent avec elle : refaire de la France un pays qui produit, et bien comme il faut.

Rencontrer Christine Klamm

Christine Klamm interviendra lors du déjeuner-conférence FFI Le Havre Seine Normandie, le jeudi 5 novembre à 11 h 30, au Havre. Inscription ici.

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