Je dois le reconnaître, nous n’avons pas été très tendres avec le gouvernement ces derniers temps. Heureusement, l’Insee va nous donner l’occasion de nous rattraper.
Car le très respecté institut de la statistique vient de publier des correctifs de croissance pour les deux dernières années. Et il semblerait que notre économie ait fait pas moins de… deux fois mieux que prévu !
Oui, j’ai lu la presse économique ce matin. J’ai plissé les yeux très fort pour être sûr de bien voir les chiffres écrits en petit. Et c’est à peu près l’ordre de grandeur de la mésestimation.
Nous passons ainsi de 0,5 % en première annonce sur 2023 à 1,6 % vendredi dernier, après 2 réévaluations intermédiaires. La dernière en date tablait sur 0,9 %.
Quant à 2024, on termine à 1,5 % de croissance. Soit 0,3 point de mieux que lors de la précédente annonce.
La cause de l’inhabituelle ampleur de ces révisions est la mauvaise prise en compte de la dynamique industrielle. Le PIB issu du secteur manufacturier serait ainsi revenu à 10 % du PIB global. Ce qui est sensiblement au-dessus de là où on l’attendait : 9,6 %.
On est très loin de la trajectoire de réindustrialisation que les équipes de Bruno le Maire annonçaient en son temps. Avec une production manufacturière annoncée à 15% du PIB pour 2035. Mais c’est tout de même un peu moins mal qu’annoncé.
Et puis, de toute façon, vous saviez tous qu’on ne ferait pas de miracle depuis la lecture de l’excellent « Réindustrialiser : le défi d’une génération », d’Olivier Lluansi.
Bref, même l’Insee s’est mise à minimiser l’industrie et son impact sur notre économie !
Bon, c’est pas si grave. La statistique économique est un art difficile, et la critique est toujours aussi facile.
Mieux vaut des nouvelles comme celles-là que d’autres. Cela permet, au passage, de montrer que :
– Si la politique économique globale n’a pas fonctionné,
– Certains éléments de la politique de l’offre de Valls et Macron ont eu du bon, selon Les Échos de ce matin.
Ceci malgré sa complexité et des aides à l’efficacité contestée qu’on aimerait bien voir remplacées par des baisses massives de prélèvements. Ce qui serait plus simple.
Mais ne nous réjouissons pas trop vite non plus. Si l’Insee rehausse ses données sur 2023 et 2024, elle persiste à dire que la France risque de tomber en récession cette année.
Le PIB s’est contracté de 0,1 % au premier trimestre. Et les déclarations de Patrick Martin, patron du Mouvement des Entreprises de France, tout comme les notes de conjoncture les plus récentes, annoncent qu’on ne devrait pas faire mieux au deuxième trimestre.
En conclusion, pour ceux qui aiment les analyses précises étayées par des chiffres clairs, je dirais que : « Ce n’est pas si pire. Mais que ce n’est pas bien mieux non plus. »