Chers résistants, chères résistantes, chers soutiens.
Selon le site de France Assureurs, en avril 2026, les cotisations en assurance vie des Français se sont élevées à 17,6 milliards d’euros. Soit une progression de +7 % par rapport au même mois de 2025.
Ces sommes sont venues augmenter l’immense stock d’encours que nous plaçons dans ce véhicule d’épargne. Il était de 2 148 milliards d’euros à fin avril 2026, en hausse de +6,1 % sur un an (+124 milliards d’euros), toujours selon le même site.
Et ça n’est pas tout. Car l’assurance vie n’est qu’une part (importante) d’un ensemble encore plus vaste : l’épargne financière des Français. Cette dernière s’élevait à 6 590 milliards d’euros fin 2025 selon la Banque de France (l’immobilier ne faisant pas partie de ces montants).
Ceci classe la France dans le top 10 des pays disposant du plus grand volume d’épargne au monde. Et dans le top 5 si on retire les fonds de pension qui permettront aux nations qui ont anticipé le retournement démographique de payer leurs retraites quand nous ne le pourrons plus. Oui, parce que nous, on continue à croire qu’on fait autant d’enfants qu’en 1947.
Ces vastes sommes sont un véritable trésor capable de financer la guerre économique que nous livrent les grandes nations du monde. Ailleurs, l’épargne nationale permet aux fonds d’investissement d’un pays d’investir dans des entreprises, de les racheter même parfois. Et, ce faisant, d’enrichir leur population, d’augmenter leur puissance (appelons ces pays « les tigres ») aux dépens des pays à qui ils achètent ces entreprises en les déplumant ainsi des outils de souveraineté que sont leurs entreprises (appelons ces pays « les dindes »).
La France pourrait donc faire partie des tigres. Elle dispose d’un véritable avantage compétitif sur beaucoup de ses concurrents grâce à son immense épargne. Mais s’en sert-elle ? Et si oui, le fait-elle efficacement ? Pardon de briser le suspense, mais non, elle ne le fait pas. Elle est donc l’un des rares tigres potentiels à avoir délibérément choisi d’être une dinde à plumer. Petit message aux amoureux de la biodiversité, nous sommes probablement ici en présence d’une espèce nouvelle et rarissime : la Tinde, ou la Digre, les experts vétérinaires n’ont pas encore tranché.
En attendant, c’est pour répondre à ces questions, et surtout pour nous expliquer si et comment on pourrait mettre plus efficacement notre épargne au service de nos intérêts communs, que nous avons invité Jean-Laurent Granier. Il est PDG de Generali France, vice-président de Generali Espagne et membre du comité de direction de Generali Monde. Il est l’une des plus grandes figures du secteur de l’assurance en France. Et comme ce sont les assureurs qui sont les principaux investisseurs institutionnels mondiaux et donc les plus gros pourvoyeurs de capitaux pour l’économie réelle, autant vous dire que son avis sera éclairant.
Cet événement se déroulera le 23 juin prochain à partir de 18h30, au LE RUGBY CLUB dont Jean-Laurent est également président. Nous serons en petit comité. Alors, dépêchez-vous de réserver vos places ici.
L’événement est ouvert à tous les membres FFI de France, aux membres de notre réseau international LA PEÑA BUSINESS CLUB et à tous ceux qui envisagent de rejoindre les FFI. Si vous voulez adhérer et nous soutenir, d’ailleurs, c’est ici.
Mais pourquoi donc investissons-nous si peu dans notre économie ?
Cela fait bientôt 7 ans que j’écris des articles sur notre réindustrialisation. Et 5 ans que je le fais tous les jours. Partager avec vous la découverte de nos absurdités (étant une pièce rapportée du secteur de l’industrie, j’en ignorais tout avant de commencer à écrire), ces trouvailles tantôt poilantes, tantôt désespérantes, qui expliquent l’incompréhensible échec de nos efforts pour redresser notre économie, a été la raison d’être de cette infolettre.
Une infolettre que vous êtes aujourd’hui des dizaines de milliers à lire chaque semaine. Ce qui m’a donné envie d’écrire Contes et légendes de la réindustrialisation, dont le premier tome est en librairie depuis quelques semaines. (Pour le commander, c’est ici. Pardon pour cette promotion récurrente, mais il en faut pour espérer convaincre ses lecteurs gratuits de dépenser 20 € une fois tous les deux ans).
Et quand on part en quête des raisons qui ont fait de la France la championne du monde des buts contre son camp sur le plan économique, observer notre relation à l’argent (à la finance donc) et les contorsions morales que nous réalisons à son endroit est particulièrement éclairant.
Laissez-moi illustrer mon propos avec un sujet d’actualité.
Le rachat des entreprises françaises par des fonds étrangers s’accélère
Ces derniers mois, les annonces de rachat de fleurons industriels ou technologiques français par des intérêts étrangers se sont multipliées.
Et nous avons été nombreux à nous en émouvoir. Et, parfois, à dénoncer l’inaction, voire la compromission de nos dirigeants qui auraient laissé, en période de guerre économique ouverte, les outils de notre souveraineté passer à l’ennemi. Le tout sans rien dire.
J’ai beaucoup discuté par messages interposés avec ceux qui s’en désolaient. Une grande majorité d’entre eux sont des épargnants. Mais figurez-vous qu’une toute petite minorité de cette majorité investit un peu de son épargne dans l’économie réelle.
« Comment voulez-vous qu’on garde nos entreprises sous capitaux français, si tous les Français font comme vous ? C’est-à-dire qu’ils placent leur épargne dans l’immobilier ou sur des comptes épargne sans risque au lieu d’investir dans l’économie réelle (livrets garantis, assurance vie en fonds euros…). Si des fonds américains rachètent nos entreprises, ne sommes-nous pas capables de créer des fonds d’investissement français qui le feraient à leur place ? ».
À cette question déplacée, les réponses ont été de plusieurs types :
- Réponse 1 : « Ah ben oui, c’est vrai, tiens, je vais le faire ». Réponse très minoritaire.
- Réponse 2 : « Touchez pas à l’épargne des Français ! On en a besoin pour nos vieux jours ». Réponse majoritaire.
- Réponse 3 : « Vous êtes marrants, vous ! Vous demandez aux Français d’investir dans nos entreprises alors qu’on sait très bien qu’elles sont moins rentables que les entreprises américaines. Donc moi, j’investis aux États-Unis ». Réponse fréquente mais moins que la précédente.
Aussi différentes qu’elles soient, toutes étaient de bon sens.
La première parce qu’elle traite le problème qu’elle dénonce : je n’aime pas voir nos PME et start-up achetées par des Américains, donc je cotise à des fonds français qui permettront de les acheter à la place des Américains.
La seconde parce qu’elle a compris qu’à force de faire n’importe quoi avec les lois sur les retraites, on n’en aura pas beaucoup (de retraite). Et qu’il faut organiser soi-même le moyen de les compléter (les retraites) en se constituant une épargne de compensation. Bon… Ce serait plus efficace de réformer le système des retraites et d’organiser un ajout de capitalisation, mais, en France, on préfère souvent trouver des solutions individuelles à un problème qu’on a créé collectivement. Respectons cela. C’est culturel.
La troisième parce qu’elle nous rappelle que, comme on vote depuis 50 ans pour des élus qui surtaxent et surréglementent nos entreprises, ces dernières ont moins de sous pour investir. Donc elles sont moins performantes que beaucoup de leurs concurrentes étrangères. Donc elles sont moins attractives pour les investisseurs épargnants que nous sommes, mais restent de bonnes proies pour les fonds et groupes étrangers qui cherchent à mettre la main sur des parts de marché, des marques, des savoir-faire ou des technologies qu’ils valoriseront plus facilement que nous (en délocalisant la production, notamment).
Si bien que le faible nombre de Français qui placent leur argent à risque (qui investissent dans autre chose que de la pierre) le font davantage sur les marchés américains que dans l’économie française.
Là encore, on en arrive à l’absurdité de préférer épargner sur des comptes qui rapportent peu, parce qu’on n’a pas assez confiance en nos entreprises et notre système. Ce qui permet aux fonds étrangers de capter notre épargne (vos organismes de crédit la leur prêtent) pour qu’ils puissent eux-mêmes investir dans nos entreprises, en capter l’essentiel de la valeur ou les racheter… avec notre argent.
Mettre l’épargne des Français au service de l’économie réelle : quelles solutions ?
Bref, nous nous plaignons d’une conséquence (le rachat de nos entreprises par des fonds étrangers) dont nous chérissons les causes. Bossuet aurait décidément adoré contempler notre époque.
Alors, à défaut d’inviter Jacques-Bénigne Bossuet à venir parler lors de notre soirée parisienne (il ne répond plus à mes SMS depuis 1704), nous poserons nos questions à Jean-Laurent Granier. Il sera sans aucun doute bien plus efficace pour nous aider à mieux comprendre comment mieux flécher l’épargne des Français vers l’économie réelle.
Pour vous inscrire, c’est ici.