Crise de l’école. Faut-il plus de sélection ou plus d’argent ?
Alain Peyrefitte, ministre de l’Éducation du général de Gaulle, déclarait en 1967 :
« L’université sans sélection est un naufrage organisé pour repérer les meilleurs nageurs ».
Il estimait qu’il était urgent d’organiser la sélection à l’entrée de l’université.
Le baby-boom et l’augmentation du niveau scolaire de la population faisaient exploser le nombre d’étudiants. (2,5 fois plus d’étudiants en 1969 qu’en 1960. 20 % de bacheliers à la fin des années 1960, contre 10 % précédemment).
Son idée était :
- D’ouvrir plus de parcours courts et professionnalisants (création des IUT).
- De flécher davantage de profils vers l’apprentissage des métiers techniques en filière professionnelle.
- De réserver l’accès à l’université à ceux qui en avaient le niveau. Par une sélection à l’entrée.
On retrouve cette école de pensée sur le plateau de la passionnante émission « Pour tout dire » de T18. Brillamment animée par Matthieu Croissandeau.
Pour la résumer, on peut dire : « Créez tous les diplômés que vous voudrez dans des études intellectuelles. Si l’économie ne crée pas assez de jobs pour eux, vous aurez des étudiants bac + 5 frustrés. Alors que nombre d’entre eux auraient pu s’épanouir dans des métiers manuels, techniques, opérationnels, qui débouchent sur des métiers bien payés et évolutifs. »
C’est le thème développé dans cette vidéo par le professeur et essayiste Joachim Le Floch-Imad : « Si l’université n’organise pas la sélection, c’est la vie qui s’en chargera. »
Le mouvement de 1968 a fait échouer le projet de sélection à l’université. 68 était soutenu par des penseurs qui estimaient :
- Qu’il fallait libérer, par l’Education nationale, les enfants d’ouvriers d’un travail jugé aliénant.
- Que l’université de l’époque reproduisait des inégalités qui enfermaient chaque enfant dans la classe sociale de ses parents. Seuls 10 % des enfants d’ouvriers devenaient cadres.
- Qu’il fallait donc massifier l’entrée à l’université et mettre les budgets en face.
C’est ce que dit Nicolas Offenstadt, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne, dans cette vidéo. Lui estime que l’université n’est pas là uniquement pour apprendre un métier, mais pour donner aux citoyens une conscience politique.
Ces pensées s’affrontent encore aujourd’hui.
La première accuse la seconde d’avoir :
- Menti aux étudiants en leur faisant espérer un avenir professionnel que l’économie n’est pas capable d’offrir. Malgré 60 ans de massification de l’université, seuls 10 % des enfants de travailleurs non qualifiés deviennent cadres.
- Ruiné l’université en y envoyant trop d’étudiants qui n’ont pas le niveau.
La seconde accuse la première de mégoter sur les budgets de l’université. Ceux-ci, n’étant pas à la hauteur, dégradent la qualité de l’enseignement. C’est ce qui l’empêcherait de tenir la promesse d’émancipation sociale. Elle demande plus de budget.
Et vous ? Vous êtes de quelle école ?