La France est la championne d’Europe des investissements industriels… mais ferme plus d’usines qu’elle n’en ouvre.
Plusieurs chiffres sur notre industrie sont sortis ces derniers temps. Et, quand on les compare, qu’on écoute les retours que les membres des clubs FFI nous remontent du terrain, on n’y comprend plus rien.
Cette semaine, on a lu la bonne nouvelle. Le baromètre Trendeo – INSTITUT DE LA REINDUSTRIALISATION – CESI – McKinsey & Company annonçait que la France était devenue la 4ème destination des investissements industriels au monde entre 2021 et 2025. Elle capte un tiers des investissements européens (86 milliards), en hausse de 153 % !
Notre Président s’en est félicité, for sure ! Même si l’étude précise que ces investissements ont créé peu d’emplois.
Selon Olivier Lluansi, l’étude est claire sur ce paradoxe. Les chiffres annoncés intègrent les investissements dans les data centers. Ces derniers représentent la moitié des sommes investies. Or, ils embauchent peu. Quand on les retire, il reste 84 mds€, estime l’auteur du livre « Réindustrialiser : le défi d’une génération ». Ce qui est, sur la période, n’a rien de fou.
Aux FFI, nous avions senti venir cette confusion des messages. Raison pour laquelle nous avions rendu visite à Laurent SABATUCCI, patron d’EOL, qui construit des usines et des entrepôts logistiques. Revoici donc ses analyses, livrées « au cul des tractopelles ».
Ce qu’il dit confirme hélas les dires d’Olivier. Tout en y apportant quelques précisions utiles. Commençons par les bonnes nouvelles :
– OUI, la France attire des projets de datacenters. Ce qui est une bonne chose, vu que nous avons des capacités de production d’énergie décarbonées (nucléaire et ENR) en forte progression. EDF va donc pouvoir leur en vendre beaucoup, tout en continuant à exporter.
C’est aussi une bonne chose pour la souveraineté de nos données. Sujet qui nous préoccupe de plus en plus.
– Les secteurs de la défense et de l’aéronautique progressent.
Les moins bonnes nouvelles sont connues. Pour l’automobile, notamment. Mais celle dont on parle moins et sur laquelle Laurent SABATUCCI attire notre attention, c’est l’agroalimentaire.
Premier employeur industriel, il est largement dans les mains de PME et ETI enracinées dans nos territoires. Il engendre une logistique de circuit court et fait travailler les agriculteurs.
Or, ce secteur souffre. Les ouvertures d’usines sont de plus en plus difficiles.
Le Directeur général de l’ ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires) expliquait pourquoi lors de son audition parlementaire. Plus d’1/3 des entreprises du secteur n’ont pas investi dans leur outil de production depuis 25 ans. Car leurs marges sont insuffisantes.
Autre info : beaucoup de projets industriels de nos territoires sont lancés par des grands groupes. Je sais qu’on adore les détester. Mais sans eux, ce serait l’effondrement. Donc si on pouvait leur parler un peu mieux, ce ne serait pas idiot.