Nous, Français, aimons créer nous-mêmes les raisons de nos dépendances.
C’est d’ailleurs un élément que j’illustre dans mon livre « Contes et Légendes de la réindustrialisation ».
Comme vous le savez, nous sommes très dépendants au gaz liquéfié américain. Encore plus depuis que celui qui vient du Moyen-Orient a du mal à passer le détroit d’Ormuz.
Ce gaz est sale : c’est du gaz de schiste. Et il est cher : il faut le liquéfier, le transporter, puis le regazéifier.
Il est donc responsable d’une partie de la baisse de la compétitivité de notre industrie. Car avec un prix du gaz 2 à 4 fois plus cher qu’aux US, on ne peut plus sortir des produits compétitifs. (J’oubliais : en plus, nous, Européens, ajoutons une taxe carbone pour punir les industries qui utilisent du gaz).
Beaucoup d’usines françaises sont donc en difficulté et certaines ferment en licenciant des salariés.
Or, on a trouvé du gaz en Lorraine. LA FRANCAISE DE L’ENERGIE avait un permis d’exploitation accordé par les autorités compétentes. Notamment les services de l’État. L’exploitation de ce gaz est moins chère et beaucoup moins génératrice d’émissions de CO2 que le gaz américain.
Mais voilà, quatre associations ont déposé un recours devant le Conseil d’État. Et celui-ci vient d’annuler les autorisations pourtant étayées par 1000 pages de rapports produits par les personnes les plus compétentes des services de l’État sur le sujet.
Pourquoi ? En raison du principe de précaution. En l’occurrence, parce que LA FRANCAISE DE L’ENERGIE n’a pas réussi à démontrer qu’il n’y avait aucun doute… si un aléa (un truc pas imaginé, mais sait-on jamais) survenait !
Or, aucun projet industriel, aucun projet entrepreneurial d’ailleurs, n’est à l’abri d’un aléa. Ferme-t-on les piscines municipales parce qu’on ne sait pas démontrer qu’une prise d’otage est impossible, ou qu’une glissade sur le plongeoir ne pourra jamais arriver ? Même quand toutes les normes de sécurité et d’hygiène sont respectées par la piscine ?
Ce qui est sûr, par contre, c’est qu’on va continuer à importer massivement du gaz de schiste, du coup.
Et on est certain qu’il est plus dangereux pour l’environnement et pour notre souveraineté industrielle. Mais le Conseil d’État et les associations ont raison : ne prenons pas le risque de faire mieux.