Chers résistantes, chers résistants, chers soutiens.
Cette semaine est importante pour les prochaines actions des Forces Françaises de l’Industrie. Notamment parce que la soirée FFI Paris de ce mardi 17 mars (inscription ici) aura pour thème la défense des entreprises familiales et de leur transmission.
Cet événement, ouvert aux membres de tous les clubs FFI et aux clubs LPBC (présents en Espagne, au Portugal et en Italie), donnera la parole à deux personnalités particulièrement engagées dans la défense de ce modèle vertueux de capitalisme :
• Renaud Dutreil, ancien ministre des PME et père du pacte du même nom.
• Philippe d’Ornano, président du groupe Sisley (c’est dans ses locaux qu’aura lieu la soirée : merci à lui) et co-président du METI (Mouvement des entreprises de taille intermédiaire). Un mouvement qui regroupe les plus grandes entreprises familiales françaises en dehors des quelques grands groupes qui appartiennent encore à des familles (ils sont peu nombreux).
• Tout en me donnant l’occasion de faire la promotion de mon dernier livre. Je sais, ça n’est pas très éthique, mais vous ne pensiez tout de même pas lire mes infolettres depuis si longtemps sans que je vous demande quelque chose un jour ? (Livre en vente ici).

J’aurai donc le plaisir, avec mon complice Gilles Attaf, d’interroger ces deux personnalités sur ce que sont ces entreprises. Elles ont transmises de génération en génération et ont fait le développement industriel de l’Europe. Leur rôle dans notre économie constitue en effet l’une des singularités de notre continent. Il dispose grâce à elles, d’activités productives bien plus enracinées que dans le modèle américain, par exemple.
Plus enracinées car moins financiarisées
Et c’est LA chose importante : bien sûr, l’Europe, surtout la France, dispose de grands groupes très renommés. Des grands groupes à qui on reproche parfois d’être guidés par le profit à court terme et par le pilotage de leur cours de bourse. Et on sait pourquoi :
• La plupart d’entre eux appartiennent au marché, donc à peu près à personne. Ils sont contrôlés par différents fonds d’investissement. Et notamment par les plus gros d’entre eux : les fonds de pension. Ces derniers ont été créés, dans les pays où la retraite fonctionne par capitalisation. Et, pour payer les pensions des salariés qui cotisaient chez eux, ils doivent placer leur argent sur des investissements rentables. Car meilleures seront les plus-values réalisées par un fonds de pension pendant la durée de cotisation d’un employé, meilleure sera la retraite que cet employé touchera.
• C’est pour cela que ces fonds demandent aux entreprises dans lesquelles ils investissent d’optimiser leur rentabilité coûte que coûte. Ce qui fait passer des considérations comme le patriotisme économique, la responsabilité sociale, l’ancrage territorial ou d’autres valeurs morales après les considérations financières.
On peut avoir une bonne ou une mauvaise image de ce système, mais c’est aujourd’hui celui qui a fait de la finance américaine la plus puissante du monde (près de 70 % de la finance mondiale). Et c’est ce qui permet à l’Oncle Sam d’acheter tant d’entreprises aux quatre coins du globe.
Notamment en France où beaucoup de nos PME et ETI sont vulnérables quand est venu le temps, pour une génération de propriétaires, de passer la main à une autre, donc pendant leur transmission.
Pourquoi en France plus qu’ailleurs ?
Parce que la transmission d’une entreprise d’une génération à l’autre y est bien plus fiscalisée qu’ailleurs.
Ceci pour des raisons morales : on n’aime pas trop les héritiers chez nous, on trouve qu’ils contreviennent à l’égalité républicaine.
Égalité, ce concept fondateur et indispensable de notre République…. Il fut un jour dévoyé par nos compatriotes les plus envieux. Ils se rendirent compte qu’ils pouvaient transformer un vilain défaut (leur jalousie) en posture généreuse et appréciée de tous en invoquant la justice fiscale. La quête d’égalité s’est alors transformée en obsession égalitariste, concept un peu tarte qui a conduit, dans des domaines, à l’affaissement français. La vidéo ici prend le cas de l’enseignement, mais c’est un peu le même principe dans tous les domaines. Au lieu de réparer ce qui ne marche pas, on casse ce qui fonctionne afin de ne pas créer d’inégalités. Logique…
On aurait pu rire de cette petite mesquinerie morale.
Malheureusement, elle a eu de grandes conséquences sur l’appauvrissement de notre pays et sur sa perte de souveraineté.
Parce qu’on a demandé aux héritiers de payer beaucoup d’impôts quand ils recevaient les parts de l’entreprise de leurs parents, ces derniers ont souvent dû la vendre afin de payer les sommes demandées par le fisc.
Vous ne voyez pas pourquoi ? Voici un cas pratique. Si vos parents vous avaient transmis une entreprise qui valait 50 millions de 1982 à 2003 (date de création du pacte Dutreil), vous deviez payer plus de 20 millions d’impôts. Et comme il était assez rare que vous ayez cette somme sur votre compte, vous deviez alors vendre l’entreprise à ceux qui pouvaient vous l’acheter rapidement. (Rapidement car le fisc est un peu comme l’amour, il n’attend pas). Et qui était capable d’acheter rapidement des actifs d’une telle valeur ? Les fonds d’investissement ou les grands groupes dont je vous ai parlé plus haut.
C’est ainsi que, pour des raisons de « justice fiscale », la France a organisé la financiarisation de son économie. Elle a aussi accéléré la délocalisation de son industrie (délocalisation qui n’est pas due qu’à cela, bien entendu. Mais cela a contribué).
En voulant faire disparaître la mainmise supposée des « 200 familles » sur l’économie française. On a donc organisé la prise de contrôle rampante de nos entreprises par des capitaux étrangers, en majorité américains. Les chantres de l’égalitarisme à la française ont ainsi été les idiots utiles de Wall Street, comme l’a très bien expliqué Renaud Dutreil dans l’interview qu’il a bien voulu nous accorder (diffusion dans quelques jours sur la chaîne de podcast des Forces Françaises de l’industrie).
Les chiffres parlent d’eux-mêmes
Il y avait, en 1981, à peu près autant d’ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire) familiales en France qu’en Allemagne (5 000). Et après un peu plus de 20 ans de vertu fiscale appliquée aux héritages, les ETI françaises étaient 4 fois moins nombreuses qu’en Allemagne (2 000 contre 8 000). Et 2 fois moins nombreuses qu’en Italie.
Renaud Dutreil a alors conçu son pacte (août 2003) qui a largement atténué le problème sans le faire complètement disparaître. La France a, depuis, presque triplé le nombre de ses ETI (elles sont 6 000). L’Italie est toujours devant nous (8 000) et l’Allemagne encore plus (plus de 13 000), mais les choses vont dans le bon sens.
Et c’est tant mieux ! Parce que toutes les études le montrent : ce sont les ETI familiales qui investissent, embauchent, innovent le plus, forment et paient le mieux. Comme elles sont pensées pour être transmises aux enfants, leur stratégie se déploie sur le temps long, ce qui évite le court-termisme de certains choix. Elles sont donc généralement plus loyales envers leur territoire, leurs employés, leurs sous-traitants.
Je vous invite à écouter les interviews que des entrepreneurs comme Marcel Ragni ou Philippe Veran ont données à notre chaîne de podcast (disponible sur toutes les plateformes d’écoute, notamment ici), ils l’expliquent parfaitement.
Voilà pourquoi les FFI ont tant pris la parole lors de l’incroyable spectacle qu’ont donné les députés à l’occasion du dernier débat budgétaire. Certains députés y ont cherché à opposer entrepreneurs et citoyens, comme si la réussite des uns était responsable des problèmes des autres. On aurait pu se réjouir de trouver des accents de géants tels Jaurès, Zola ou, pourquoi pas, Robespierre, dans la bouche de ces apparatchiks sans envergure. Mais dans un pays qui a bien plus besoin de serrer les rangs face au réveil des empires que de trouver un énième sujet de division, cette démarche n’était franchement pas la bienvenue. On pensait qu’ils avaient compris les erreurs du passé… On s’était trompé.
Voilà pourquoi nous avons décidé, aux FFI, de mobiliser nos compatriotes sur ce thème.
Ils sont 85 % à avoir une bonne opinion des entrepreneurs (baromètre Odoxa pour Capital et Abeille Assurances d’avril 2025) et de leur entreprise. Il ne sera donc pas très difficile de leur montrer :
• Que mettre des bâtons dans les roues des familles qui animent nos meilleures PME et ETI n’est pas une bonne idée pour notre économie et pour nos concitoyens dont les métiers n’ont pas encore été remplacés par l’intelligence artificielle.
• Et qu’il serait plus intelligent de créer les conditions pour que plus d’entrepreneurs réussissent et créent plus d’emplois, plus de richesses, plus de recettes fiscales et plus de cotisations sociales.
Nous sommes donc en train de concevoir une tournée d’événements qui passera dans plusieurs grandes régions afin de célébrer les entreprises familiales (mais aussi d’autres entreprises, comme celles de l’ESS, histoire de ne pas opposer les unes aux autres), de conter leur saga et de montrer le bien que font ces entreprises à leur territoire et à leur pays.
Nous comptons évidemment sur Renaud Dutreil et sur des chefs d’entreprise comme Philippe d’Ornano et ses camarades du METI pour nous montrer la voie. Nous en parlerons ce mardi à 18h30 à Paris. Inscription ici.