Trop de diplômés, pas assez d’emplois : la France a-t-elle sacrifié l’entreprise à l’école ?

Pour Laurent Moisson, en misant sur les diplômes plutôt que sur la création d'emplois qualifiés, la France a fragilisé l'école comme l'entreprise.

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Intérieur d'une usine : trop de diplômés et pas assez d'emplois qualifiés créés par les entreprises

Pas assez d’exigence dans l’enseignement, trop avec les entreprises. L’histoire de l’affaissement annoncé de notre système.

La France est tombée dans le panneau du syllogisme. Ce biais intellectuel — qui prétend que, ce qui est rare étant cher, un cheval boiteux doit être cher parce qu’il est rare d’en trouver — a été appliqué à l’ascension sociale.

Comme le montre ce carrousel.

Grâce à la conjugaison des forces d’une industrie prospère et d’une école exigeante, les Trente Glorieuses ont permis l’ascension sociale. Près de 40 % des enfants de travailleurs non qualifiés devenaient techniciens et 10 % devenaient cadres.

Pour beaucoup de penseurs de l’époque, ça n’était pas assez.

Constatant que plus les gens étaient diplômés, plus ils s’élevaient socialement, certains se sont dit qu’il suffisait d’augmenter le nombre de diplômés dans la population pour qu’on dope l’ascension sociale. Quitte à abaisser l’exigence des cursus et donc le niveau des élèves.

La sélection à l’université, qui se faisait par le bac, a disparu avec le fait de donner le bac à tous. Des bataillons d’élèves de moins en moins bien formés par l’école ont fait exploser les effectifs universitaires.

Nous disposons aujourd’hui d’un nombre record de diplômés et nous nous rendons compte avec stupeur qu’ils ne trouvent pas d’emplois à la hauteur de leurs aspirations.

Devinez pourquoi ? Parce que la création d’emplois ne se décrète pas dans un ministère. Elle se fait en entreprise.

C’est ce que dit Nassim Nicholas Taleb dans son livre Antifragile. Les sociétés occidentales pensent qu’elles sont de plus en plus riches parce qu’elles forment de plus en plus de diplômés. Mais, en réalité, c’est le contraire : elles forment de plus en plus de diplômés parce qu’elles sont sans cesse plus riches. Mais cette richesse vient de la vitalité entrepreneuriale de nos sociétés.

En France, nous avons beaucoup misé sur la génération de diplômes. Et pas assez sur la création d’emplois qualifiés par les entreprises. Trop laxistes avec le système éducatif et trop durs avec les entreprises, les entrepreneurs et les actionnaires, nous avons créé le déséquilibre qui explose aujourd’hui.

Aujourd’hui :

  • Trop de diplômés sont frustrés de ne pas trouver d’emplois à la hauteur de leurs attentes.
  • Trop d’entrepreneurs sont frustrés par des règles et des taxes qui les empêchent de croître et de créer des emplois.
  • Trop d’employeurs ne trouvent pas les techniciens et les professionnels de la main qu’ils aimeraient recruter. Faute de main-d’œuvre dans ces métiers : tous sont partis à la chasse aux diplômes universitaires.

La crise qui casse et qui brûle aujourd’hui n’est pas seulement celle de l’école et de l’université. C’est la fin d’un système qui a pris ses rêves égalitaristes pour une réalité atteignable.

Une société qui émancipe, ça ne se décrète pas. Ça se construit avec l’entreprise, pas contre elle.

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