C’était dans Le Figaro d’hier.
On aurait pu en rigoler, des déboires de ces startupers perchés qui pensaient nous faire manger des compléments alimentaires à base de protéines d’insectes…
Mais bon… Après 600 millions de dollars brûlés (Si. C’est plus chic de parler en dollars), dont beaucoup d’argent public, on a plutôt envie d’en pleurer.
D’autant que ce cas, exceptionnel par son ampleur, est révélateur des erreurs stratégiques de nos politiques d’investissement public. Celles de faire un peu trop de morale (d’éthique ?) quand on parle de business. Et d’imaginer qu’une entreprise industrielle, ça marche comme une startup digitale.
Question morale :
– Parce qu’ils pensaient que nous, et nos jeunes habillés made in China des pieds à la tête, étions sincères quand on parlait d’urgence climatique. (Shein/Temu)
– Parce qu’ils pensaient que les discours écolo de nos élus, les mêmes qui viennent d’enterrer la loi anti fastfashion, n’étaient pas uniquement des postures électoralistes.
– Parce qu’ils pensaient peut-être sincèrement que la côte de bœuf au barbecue était vraiment « so masculiniste »…
Ils ont fait un business plan ambitieux, se sont projetés dans le fameux « monde d’après » et sont allés voir les investisseurs publics et privés disposés à financer l’avenir du genre humain.
Après avoir monté deux usines, leur CA annuel n’a pas dépassé 3 millions d’€, malgré un pivot vers l’alimentation animale et les engrais.
Il faut dire que sortir des produits bien plus chers que ceux achetés actuellement par les agriculteurs, même s’ils sont plus éthiques… Ça n’a jamais très bien marché.
Bilan : Selon Les Échos, le redressement judiciaire menace. La start-up n’a reçu aucune offre d’investissement ou de reprise dans le cadre de sa procédure de sauvegarde. Ynsect aurait besoin de 130 millions d’euros afin d’achever sa giga-usine d’Amiens et d’augmenter sa production.
Aux FFI, nous sommes entourés de patrons de PMI établis partout sur nos territoires. Nombre d’entre eux peinent à trouver de l’argent pour financer leur croissance. Même quand ils sont rentables. Même quand leur marché existe et que leurs produits ont fait leurs preuves.
Souvent parce qu’ils ne sont pas sur des secteurs ou des procédés « suffisamment innovants » aux yeux de nos argentiers publics ou privés.
Ce choix, startupNation oblige, d’avoir mis tant d’argent sur des projets d’innovation de rupture, plutôt que sur des PME installées qui ne demandaient qu’à croître, on le paye aujourd’hui. Olivier Lluansi en parle dans son livre « Réindustrialiser : le défi d’une génération ».
Bref, la stratégie de notre « État stratège » n’a pas bien fonctionné. Une fois de plus.