Pour les municipales, chers électeurs, vous reprendrez bien un peu d’argent gratuit ?
Comment l’illusion de la gratuité des services publics contribue à la désindustrialisation ?
Vendredi dernier, l’économiste Nicolas Baverez était interrogé par Le Figaro en compagnie de Nicolas Dufourcq (Bpifrance).
Tous deux décrivent, dans cet extrait, l’un des maux français les plus illustrés par les élections municipales en cours. La déresponsabilisation des citoyens face à la dépense publique.
Selon Baverez, nous avons créé un système où 57 % des Français dépendent de la dépense publique. Elle est donc politiquement difficile à réformer. Si bien que, depuis 50 ans, on ne fait que l’augmenter.
C’est cela qui a fait exploser les prélèvements fiscaux et sociaux sur les entreprises.
Des prélèvements qui grèvent l’investissement dans nos PME et ETI. Ces dernières, devenant moins compétitives que celles des pays voisins, perdent des parts de marché.
Des prélèvements qui font que nos grands groupes investissent bien plus à l’étranger qu’en France. Ils créent ainsi plus d’emplois ailleurs que chez nous.
Des prélèvements qui font fuir les entreprises et les particuliers qui les paient. De plus en plus d’entre eux quittent le territoire.
Selon l’économiste, la Suède a vécu ça dans les années 1990. La France de Mitterrand aussi : 150 milliards d’actifs productifs ont quitté la France du temps de l’impôt sur la fortune, selon l’économiste. S’ils étaient restés, on aurait 1 point de croissance économique par an.
On ne le dit pas assez aux Français, mais l’incurie des choix publics explique en bonne partie :
– La désindustrialisation,
– Le chômage,
– L’appauvrissement et le fait que le travail ne paie plus.
C’est ce que j’explique dans mon livre « Contes et légendes de la réindustrialisation ».
On ne peut pas souhaiter la réindustrialisation et demander au Père Noël qu’est l’État :
– De partir plus tôt à la retraite,
– De ne pas être responsabilisé sur ses dépenses de santé ou sur la consommation des services publics…
– De contrôler chaque année plus durement les entreprises.
Tout cela pèse sur la performance de nos entreprises.
Selon Nicolas Baverez et Nicolas Dufourcq, cela ne va plus durer longtemps.
Le service de la dette (remboursement + intérêts) va atteindre 100 milliards par an en 2029. Ce sera insoutenable, disent-ils.
Alors, si personne n’a déclenché, d’ici là, une politique d’austérité, elle nous sera imposée par l’Europe.
Comme cela a été fait en Italie, où Silvio Berlusconi a été débarqué en une journée et où la réforme des retraites a été imposée en trois semaines.
Bref, quand on vous dit « votez pour moi et ce sera gratuit », quand on vous dit « les riches paieront », méfiez-vous…
Car quand la politique d’austérité arrive, c’est une ou deux décennies de vaches maigres pour tous. On appelle cela les décennies perdues. Tous nos voisins du sud et l’Irlande ont connu ça avant de repartir.