« Nous devons nous réconcilier avec les valeurs qui ont fait de nous un grand pays industriel »

Vendredi dernier, j’ai eu le plaisir (l’honneur, même) de voir l’interview que j’avais donnée à Alexandre Devecchio publiée dans Le Figaro. C’était à l’occasion de la sortie de mon livre Contes et légendes de la réindustrialisation.

Publié le

Modifié le

Rédigé par

Les mots choisis par Alexandre Devecchio pour illustrer notre échange résument à merveille l’idée que je me fais, après bientôt sept ans de militantisme au sein des FFI, de la démarche française de réindustrialisation : aucun rebond, aucune reconstruction de notre souveraineté industrielle ou économique ne seront possibles tant que nous n’aurons pas changé d’état d’esprit.

La réindustrialisation commence par un changement d’état d’esprit

Parce qu’au-delà des erreurs (sincères ou cyniques) de nos élites :

  • Que nous adorons élire sur des programmes irréalistes et leurs douces promesses de redressement sans effort ni sacrifice.
  • Juste avant de les détester, les chargeant de tous les maux, après avoir découvert, oh surprise, qu’un programme politique qui prend l’apparence d’une lettre au père Noël n’atteignait que rarement ses objectifs…

… il y a les erreurs de leurs électeurs. C’est-à-dire les nôtres.
Et celles-ci, j’ai beau écouter les candidats aussi nombreux que bruyants qui s’apprêtent à se présenter à nous pour obtenir nos suffrages, aucun d’eux n’ose insinuer que le peuple souverain que nous prétendons être a quelque responsabilité que ce soit dans la succession de mauvaises décisions qui nous ont mises dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Dégringoler du statut de l’une des nations les plus prospères du monde à celui « d’homme malade de l’Europe » n’a pas été une mince affaire. Et je ne crois pas, malgré tous les talents que je leur prête en la matière, que nos dirigeants aient pu parvenir à cette performance sans l’aide de toute une nation.

La France a manqué la troisième révolution industrielle

Évidemment, je ne nie pas leur responsabilité. Je rappelle d’ailleurs, dans les lignes du Figaro, ce que dit Christian Saint-Etienne. Décidément mal à l’aise avec le capitalisme, nos leaders politiques, culturels et journalistiques n’ont rien compris à la 3e révolution industrielle (celle de l’informatique, du numérique et de l’IA). Ils pensaient entrer, dans les années 1980, dans une société post-travail, post-industrielle et post-capitaliste. Pas de bol, c’est le contraire qui est arrivé.

Les pays qui avancent le plus vite ont mis en place un système hyper-capitaliste concentrant des milliers de milliards pour créer des géants industriels, technologiques ou financiers comme on en voit aux États-Unis, en Chine, en Corée, en Inde ou ailleurs. On peut donc dire que nos élites ont complètement loupé le coche.
Malheureusement, notre peuple s’est bien laissé faire, sur ce coup. Il n’hésite pourtant pas à descendre dans la rue à chaque fois qu’il se sent abusé par ceux qui le gouvernent, habituellement. Mais là, rien du tout. Pas une manif, pas une pétition, pas un blocage de lycée. Le désert.

Nous nous sommes même laissés convaincre, à l’heure où nos concurrents placent des sommes folles dans les mains d’entrepreneurs qui savent prendre le risque de l’innovation, que l’un des principaux problèmes de la France, c’est qu’il y a trop de riches. Et qu’il est urgent de prendre l’argent qu’ils pourraient investir dans la course contre la concurrence qui menace notre souveraineté, afin de financer les nouveaux droits sociaux hors de prix qu’on se vote chaque année depuis 50 ans.

Photo prise lors de l’enregistrement de l’interview que Philippe d’Ornano nous a accordé pour parler des entreprises familiales.

Si vous voulez savoir ce qu’est une entreprise familiale et pourquoi il faut à tout prix les défendre, écoutez le podcast de Philippe d’Ornano (Président de Sisley Paris). Il est ici et sur toutes les plateformes d’écoute.

Le problème n’est pas de trouver les bons candidats

Bref, parce qu’on s’est mis de mauvaises idées en tête ou parce qu’on se les est laissé mettre, une partie importante de notre électorat a aujourd’hui une foule de certitudes et d’aspirations profondes qui sont parfaitement incompatibles avec le rebond économique et industriel qu’elle appelle pourtant de ses vœux.

Bref, quand j’entends certains se demander s’il y aura des candidats capables, lors des prochaines élections, de porter la politique dont nous avons besoin, je ne peux m’empêcher de répondre que ça n’est pas la question.

La vraie question est de se demander s’il se trouvera assez d’électeurs pour voter pour ces candidats en ayant bien compris que nos futurs élus devront nous administrer la potion lente et amère que nos voisins (du Canada à la Suède, de l’Espagne à l’Allemagne) ont avalée il y a quelques années.

Voilà pourquoi, quand Le Figaro m’a demandé : « Pourquoi avoir choisi (dans mon livre) le ton de la farce, ou du moins de l’ironie féroce, pour évoquer un sujet aussi sérieux ? », j’ai répondu que face à la litanie des absurdités commises par notre système et à l’incohérence d’une opinion publique qui pleure devant le spectacle de son déclassement tout en descendant dans la rue à chaque fois qu’un élu propose d’y remédier, mieux valait se moquer que pleurer ou piquer une colère.

Parce que rire de nous-mêmes est le meilleur moyen de constater le ridicule de notre entêtement. Et de se rendre compte qu’il est temps de signifier à tous nos petits hommes gris qui se disputent pour enfiler l’immense costume du général de Gaulle qu’il est temps de se faire pousser du courage.

Nous avons tout ce qui est nécessaire pour redevenir un grand pays. Encore faut-il vouloir en redevenir un en nous réconciliant avec les valeurs de responsabilité, d’initiative, de solidarité et de travail qui ont fait de la France une nation qui a inspiré le monde.

Les entreprises familiales, un pilier de la réindustrialisation

Tout cela, nous le dirons à plusieurs voix lors du 24 septembre sur l’événement Entreprendre en France, à Lille (inscriptions ici). Nous y développerons l’idée qu’avant de rebondir, il faut arrêter de s’enfoncer. Nous disposons d’une base de magnifiques entreprises, enracinées dans toutes les régions françaises : les entreprises familiales.Beaucoup d’entre elles se transmettront dans les prochaines années en raison du départ en retraite de leurs dirigeants. Favoriser leur transmission d’une génération à l’autre est donc un point crucial si on ne veut pas qu’elles soient rachetées par des fonds étrangers, comme cela a été massivement le cas avant l’adoption du pacte conçu par Renaud Dutreil.

Si vous voulez assister à cet événement, inscrivez-vous ici. C’est gratuit.

  • Pour adhérer aux clubs FFI : c’est là.
  • Pour écouter nos derniers podcasts : c’est ici.
  • Si vous appréciez ces infolettres, soutenez le travail de son auteur en achetant son livre ici.

Nos derniers articles