Chers résistants, chères résistantes, chers soutiens,
Nous sommes à peu près à égale distance du muguet du premier mai et de la fête de la musique. Revoilà donc Choose France. Ses annonces tonitruantes vont permettre à nos dirigeants et à leurs conseillers en communication de démontrer qu’on peut attirer des investisseurs étrangers à coups d’exemptions fiscales et réglementaires tout en désespérant ses investisseurs nationaux (nos entreprises), à coups d’alourdissements fiscaux et réglementaires.
Mais bon, tout cela, on le sait. On l’a écrit 100 fois en en pleurant ou en éclatant de rire (parce que parfois l’absurde vire au grotesque). J’en ai même fait un livre, « Contes et légendes de la réindustrialisation », que vous avez tous sur votre table de chevet, fidèles lecteurs de mes infolettres que vous êtes.
Je n’insisterai donc pas sur le sujet. Me contentant de citer Patrick Martin, président du Mouvement des Entreprises de France qui a tout dit sur son compte LinkedIn : « Attirer des entreprises (étrangères), c’est bien, faire en sorte que nos PME restent, (c’est bien) aussi ! ». Personnellement, je n’ai rien à ajouter.
Passons donc à autre chose et, si possible, quelque chose de positif.
Car oui, Mesdames et Messieurs, certaines choses positives se déroulent tout de même dans notre beau pays bloqué. D’ailleurs, quelques-unes d’entre elles font partie des annonces de Choose France. Oui, maintenant que j’ai critiqué le truc, je vais pouvoir en dire un peu de bien sans risquer de perdre ma nationalité de Gaulois réfractaire.
Vous êtes prêts ? Alors, j’y vais.
Vous l’avez tous entendu, SoftBank vient d’annoncer un investissement record. 75 milliards d’euros à Dunkerque et dans d’autres communes des Hauts-de-France, pour créer des data centers. Rendons à César ce qui appartient à Macron : c’est notre président qui aurait convaincu Masayoshi Son, le patron de SoftBank, d’investir en France sur un air de : « Il va y avoir des pénuries d’électricité partout dans le monde du fait de l’explosion de l’IA, mais en France, on investit pour rester en surcapacité électrique. Et en plus, c’est de l’électricité verte. Donc venez chez nous. »
Et visiblement, il a dit oui.

Le tout consommera 5 GW d’électricité (un data center a besoin de beaucoup d’énergie). Soit la puissance électrique produite par 5 réacteurs nucléaires (pour rappel, on en a 57 en France, donc on ne parle pas ici d’un petit truc).
Bref, autant vous dire qu’il y a des gens qui parient gros sur le développement des usages IA. Au passage, j’ai le plaisir de vous informer qu’un de nos membres, PALO IT, propose aux membres et aux sympathisants FFI chefs d’entreprise de se former à l’IA à des conditions très avantageuses. Si cela vous intéresse, cliquez ici.
Alors, évidemment, je rejoins les grincheux. Car, depuis la précédente édition de Choose France, on a essayé de nous faire passer ces gigantesques investissements en infrastructures IA pour des investissements industriels. Ce n’est, bien entendu, pas le cas. Même si on comprend la logique qui voudrait qu’ils le soient : après avoir clamé partout que la réindustrialisation était une priorité de nos gouvernements successifs depuis la sortie du Covid, il faut bien cacher la misère et la stagnation.
Pour rappel, les data centers créent peu d’emplois directs. Une fois construits, ce sont des machins qui tournent sans grand monde à l’intérieur.
Mais voilà, cette fois-ci, c’est différent. Car cette annonce s’accompagne d’une autre : Schneider Electric va construire une usine qui assemblera des modules préfabriqués pour data centers à Dunkerque. Car, les data centers étant très énergivores, le savoir-faire d’optimisation de Schneider Electric est assez stratégique pour eux. Schneider les vendra à SoftBank mais aussi aux nombreux autres clients qui vont s’installer au pays de l’électricité pas chère et abondante.
Car, rappelons-le, la France, ayant eu la gentillesse de faire décroître son industrie à fort besoin de main-d’œuvre (du textile à l’électroménager en passant plus récemment par l’automobile)…
… Elle a de l’électricité à revendre aux projets à faible besoin de main-d’œuvre (les data centers). Logique.
On voit donc poindre, ici, la création d’une filière industrielle. Une filière qui a ceci d’intéressant qu’elle s’appuie sur un marché validé, un usage en forte croissance et sur un avantage compétitif très fort de la France (électricité verte et abondante) que les autres vont mettre des années à rattraper.
On est donc loin :
- Des tentatives aventureuses de gigafactories lancées à coups de centaines de millions d’argent public sur des technologies qu’on ne maîtrise pas ou des marchés non validés.
- Ou des sauvetages industriels fort coûteux d’usines que la perte de compétitivité de notre modèle a rendues structurellement déficitaires.
Bref, c’est tout de même plus rassurant que faire des batteries qui ne sortent pas de l’usine ou d’élever des insectes dans des usines qui ne tournent pas.
Alors, évidemment, l’usine Schneider ne va pas consoler à elle seule les désespérés de la réindustrialisation dont je fais partie. Mais, à défaut de printemps manufacturier, avouez que voir passer une hirondelle peut tout de même faire notre journée.
D’autant que cette hirondelle ne devrait pas tarder à voler en escadrille et à souligner un phénomène qui nous fait bien plaisir, aux Forces Françaises de l’Industrie : le retour en force des métiers manuels et techniques !
Eh oui, vous vous souvenez de toutes ces phrases condescendantes qu’on a entendues si souvent et parfois prononcées. (Si, vous aussi, vous les avez dites. Ne niez pas, je le sais).
Des phrases selon lesquelles chauffagiste, électricien, frigoriste et tant d’autres métiers du secteur qu’on appelle le BTP second œuvre… seraient des métiers moins prestigieux que ceux qu’on fait après de longues études.
Eh bien figurez-vous que si nos si nombreux rejetons qui n’arrivent pas à trouver de stage suite à :
- Leur bac + 5 en école de management du coma éthylique à 50 000 €.
- Ou en sciences sociales option lancer de pavé sur CRS…
… Avaient fait un CAP ou un bac pro dans ces métiers-là, ils auraient des compétences que les employeurs ne vont pas tarder à s’arracher. (Pardon, ces dernières lignes étaient caricaturales. Voir même un peu méchantes. Mais, je dois vous avouer que 3 de mes 4 enfants ont fait des études en management machin hors de prix. En plus, personnellement, j’ai fait histoire à la fac. Mais, ayant toujours été nul en organisation de manif, je porte en moi une frustration qui s’exprime à certains moments. Notamment quand j’écris.)
En écrivant cela, je sais que je fais plaisir à Nicolas Bergerault et Mahi TRAORE, qui forment chaque année des centaines de professionnels de ces spécialités. Il faut savoir faire plaisir à ses amis de temps en temps. Surtout quand ils font des choses utiles à la société. Alors, bravo à eux.
Le phénomène est impressionnant si on en croit Forbes et beaucoup d’autres titres de presse américains. Aux USA, il n’y a pas que les capacités électriques que l’IA menace de saturer. C’est aussi le cas des ressources humaines de certains métiers manuels. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée est déjà décrite comme un goulot d’étranglement pour les data centers : électriciens, techniciens CVC et plombiers sont particulièrement recherchés, ce qui fait monter les coûts et retarde certains projets. Certains articles évoquent jusqu’à 1 500 travailleurs mobilisés pendant la construction d’un grand data center. Bon, une fois construit, reconnaissons que les emplois permanents sont beaucoup moins nombreux.
Bref, l’attractivité pour ces métiers, mais aussi pour leurs employeurs (les entreprises positionnées sur le secteur du BTP second œuvre), devrait se renforcer largement.

Et ça tombe bien pour les investisseurs et les repreneurs ! Car des PME du secteur, il y en a plein à reprendre. J’en parlais récemment à notre collectif FFI dédié à la transmission d’entreprise. Il s’est formé autour de Géraldine Arnaud, Christine KLAMM et Laurent Cheynet pour fluidifier les transmissions et reprises d’entreprises. Les amis, ne regardez pas uniquement les PME industrielles. Il va y avoir de très belles histoires de transmission de savoir-faire à raconter dans le secteur du bâtiment. Et de beaux groupes à constituer par acquisition.
Au passage, si vous voulez rejoindre le collectif (pour vendre ou acheter une PME), contactez Géraldine.
D’ailleurs, ce collectif va pouvoir s’appuyer plus facilement sur des sources de financement puisque nous continuons à intégrer des investisseurs qui soutiennent l’économie réelle.
Le thème de notre prochain événement parisien sera, et ce n’est pas un hasard, consacré aux manières de flécher un peu plus de l’immense épargne des Français vers les PME de l’économie réelle. Jean-Laurent Granier, Président-Directeur Général France et Global Business Activities de Generali, nous expliquera, le 23 juin à partir de 18h30, les grandes réformes en cours pour accélérer ce mouvement. Il nous en décrira également les freins. Cela nous permettra de mieux comprendre ce qui motive ou retient le monde de la finance de s’impliquer davantage dans l’accélération des PME de nos régions. La soirée est ouverte à tous nos membres FFI de Frnce et à ceux de LE RUGBY CLUB. Inscription ici.

Cela sera aussi l’occasion de vous parler d’une nouvelle initiative FFI, portée par Guillaume LEBEAU et Gilles ATTAF. Ils sont en train de regrouper les fonds d’investissement qui investissent dans l’économie française au sein d’un collectif dont nous comptons bien mettre en valeur l’action.
Si vous êtes un fonds, un family office et que vous souhaitez faire savoir que l’investissement souverain fait partie de vos valeurs, contactez-nous. Nous allons dévoiler les contours de ce projet d’ici quelques semaines. En attendant, nous sommes en train d’en définir les contours avec quelques membres pilotes et de travailler au cahier des charges que les membres du collectif devront respecter pour en être.
Cette initiative vient renforcer la démarche que nous avions initiée en lançant le CLUB FFI INVEST. Pour mémoire, celui-ci, animé par Raymond BOCH, est ouvert aux business angels qui veulent investir dans des startups industrielles et les PMI françaises. La prochaine session de pitch est d’ailleurs prévue le 11 juin à 18 h 00. Plus d’infos ici.
Bref, que ce soit sur l’industrie ou sur le bâtiment — un des principaux clients de l’industrie et l’un de ses principaux fournisseurs également —, les métiers manuels ont le vent en poupe. Et nous comptons bien motiver plein d’entrepreneurs et d’investisseurs à s’intéresser davantage à eux.
À bientôt pour de nouvelles bonnes nouvelles.