L’Europe va favoriser les entreprises qui produisent sur son sol ! Mais, selon Les Echos, elle a oublié d’inclure l’industrie du médicament dans sa décision.
C’est dommage ! Car, comme Myriam Chauvot l’explique dans son article : « Les imports chinois laminent le champion français des principes actifs EUROAPI ».
Présentée en 2022 comme un symbole de la reconquête européenne en matière de souveraineté sanitaire, cette entreprise incarne désormais la difficulté de produire en Europe.
Le groupe français a vu sa perte nette annuelle passer de 131 à 211 millions d’euros en 2025. Tandis que son chiffre d’affaires reculait de 7 %.
La direction met en cause les importations chinoises, accusées de dumping et soutenues par des subventions. Leur pression s’est accentuée depuis que les flux destinés à l’Amérique se sont détournés vers l’Europe.
EUROAPI renonce donc à son projet d’augmentation de la production de vitamine B12 sur son site normand. C’était pourtant le seul producteur hors d’Asie sur ce segment.
Mais les difficultés d’Euroapi ne s’expliquent pas uniquement par la Chine, rappelle Myriam Chauvot. L’entreprise paie aussi l’héritage de sa séparation d’avec Sanofi, son ancienne maison mère.
Certains syndicats accusent en effet le grand groupe d’avoir cédé l’activité sans avoir suffisamment modernisé les usines. Depuis, Euroapi a dû financer lui-même des remises à niveau, tout en vendant un site en Angleterre et en cherchant un repreneur pour son usine italienne.
Aujourd’hui, le groupe souffre d’un sous-emploi de ses capacités de production qui commence à devenir chronique. Il ne tourne qu’à 50 %, alors qu’il lui faudrait 75 à 80 % pour atteindre un équilibre durable. Ses ventes à Sanofi ont chuté de 26 %, des volumes non encore compensés par les ventes à d’autres clients, en progression de 10 %.
Face à ces difficultés, EUROAPI veut se recentrer sur des produits plus complexes et différenciés, et sur l’innovation. Les programmes Med4Cure, soutenus par France 2030, doivent aider à réduire les coûts et à regagner en compétitivité. Mais pour 2026, l’entreprise prévoit encore un recul de 10 % de son chiffre d’affaires et annonce une accélération de sa transformation, autrement dit de nouvelles restructurations.
Une stratégie qui nous inspire toujours la même chose, aux Forces Françaises de l’Industrie. À force de se dire qu’il faut renoncer aux produits de volume et à l’industrie de base pour se concentrer sur la montée en gamme et l’innovation, on laisse notre tissu industriel se déliter.
Comme le dit Olivier Lluansi, l’industrie est un écosystème. On ne peut pas faire de l’expertise sans les savoir-faire standards.
C’est probablement ce qui a motivé les PME et ETI qui fabriquent en France les médicaments essentiels et matures à créer le syndicat MedFrance.
Nous en parlerons lors de notre prochaine infolettre.