Le 11 mars 2026 a eu lieu l’audition d’Henri Verdier. C’était dans le cadre d’une
commission d’enquête parlementaire sur un sujet aussi capital que passé inaperçu.
(2 600 vues sur YouTube ce matin).

Alors, certes, le titre de la commission n’a pas aidé. Quand tu appelles ton sujet
(prenez votre respiration) « Commission d’enquête sur les dépendances structurelles
et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour
l’indépendance de la France »… tu te doutes que tu ne vas pas forcément attirer les
foules de tiktokers shootés aux infos sensationnelles que nous sommes devenus. En
plus, ni le mot « Trump », ni le terme « audiovisuel public » n’apparaissent dans son
titre. Autant dire que ses instigateurs n’ont pas mis toutes les chances de leur côté.
(Note pour les personnes atteintes du syndrome du premier degré, ceci est une
blague).
Il est donc arrivé ce qu’il devait arriver : en dehors de quelques asociaux meublant
leur solitude du dimanche en écoutant les longues auditions parlementaires, pas
grand monde n’a été voir ce qu’il s’y disait.
Et c’est bien dommage, parce que franchement :
– Le sujet est capital,
– nos élus montrent qu’ils savent parfois travailler ensemble pour le compte de
l’intérêt national,
– et Henri Verdier a été percutant et pédagogue.
Sa première phrase a d’ailleurs été : « Vous touchez à un sujet d’une importance
majeure. L’un des sujets les plus importants de la décennie. Et, pour tout vous dire,
je ne comprends pas que les gens ne le comprennent pas. Pourtant, on a tout sous
les yeux : l’affaire du juge Guillou, des histoires d’espionnage, des structures qui se
font débrancher, des dominations sur des segments entiers de l’économie, des
réseaux sociaux qu’on n’arrive pas à réguler… Et pourtant, ça ne bouge pas
beaucoup. »
Pendant plus d’une heure, l’ancien ambassadeur pour le numérique et directeur
général de la fondation Inria a multiplié les punchlines sur des sujets considérables,
soulignant :
– Les montants astronomiques que les économies de l’Union européenne (dont la
France) versaient chaque année aux GAFAM. 260 milliards.
– Notre dépendance sur des sujets qui vont bien au-delà des GAFAM. Notamment
sur notre incapacité à produire du hardware (matériel informatique), à assurer notre
cybersécurité seuls, sur la privatisation d’infrastructures critiques comme les câbles
sous-marins (80 % sont posés par les GAFAM) et sur beaucoup d’autres sujets de
même importance.
Il a illustré ce qui menaçait de nous arriver par une analogie avec les chauffeurs
Deliveroo dont la vie était devenue infernale parce qu’ils ne croisent plus de
collègues humains mais sont harcelés de stimuli digitaux leur demandant d’aller plus
vite, de faire plus ceci et moins cela.
Il estime qu’un nombre important de PME industrielles sont en train de devenir les
chauffeurs Deliveroo des chaînes de valeur dont les plateformes numériques ont pris
le contrôle. (Voir l’extrait que nous avons diffusé ici ).
Or, comme le répètent à tue-tête les grandes voix de l’industrie qui passent dans nos
clubs FFI (Louis Gallois, Olivier Lluansi…) : l’industrie a besoin de maîtriser sa
technologie si elle ne veut pas se mettre dans les mains de ceux qui la développent.
Et, au-delà de notre industrie, c’est un peu la même chose pour notre démocratie.
Selon cet expert du sujet, nos dépendances nous rendent vulnérables :
– À l’espionnage industriel et politique, un mal qui s’est considérablement développé
ces derniers temps.
– Aussi à de nombreux problèmes en cas de conflit,
– À des manipulations de masse,
– Et à des rétorsions ou des représailles dont l’affaire du juge Guillou n’est qu’une
minuscule illustration.
Henri Verdier a pris quelques minutes pour conter l’histoire de ce juge français de la
Cour pénale internationale. Il enquêtait sur des choses qui ne plaisaient pas à
l’administration américaine. Cette dernière lui a alors appliqué des sanctions qui
avaient été inventées pour Daech. Elle l’a débranché de toute vie numérique de
façon unilatérale. C’est-à-dire sans passer devant une cour de justice. Juste parce
qu’elle l’a décidé.
Ce monsieur s’est donc retrouvé privé d’accès à tout ce qui passe par des
infrastructures américaines ou du paiement américain. Et ces infrastructures
sont présentes sur à peu près toutes les chaînes de valeur numériques. On peut donc
estimer qu’il a été privé d’à peu près tout.
Comme le dirait Arnaud Montebourg, non contents d’être devenus une colonie
industrielle de la Chine, nous sommes devenus une colonie numérique des États-
Unis.Contrairement à ce que disent certains, ceci n’est pas arrivé avec Trump. C’est une
politique en cours depuis des années. Alain Juillet, ancien patron du contre-
espionnage, nous le disait lors d’une soirée de notre club FFI parisien avant même
l’arrivée au pouvoir de l’actuel président américain.
On voit donc que ces sujets sont d’une importance majeure, qu’ils sévissent depuis
longtemps, mais nous regardons ailleurs. Et je m’inclus dans ce « nous », moi qui
vous écris du haut de la page LinkedIn des FFI à laquelle je me connecte avec un
identifiant Gmail (je me suis d’ailleurs fait gronder et vais devoir changer d’adresse
mail. Gloops…). Ne voyez donc aucune leçon de morale de ma part.
La réalité est que la rébellion à lancer est d’autant moins naturelle que nous sommes
sous le charme des GAFAM, conquis par l’efficacité de leurs services digitaux. Et
c’est vrai qu’ils sont bien fichus, les Netflix, Amazon et autres ChatGPT. Notre
soumission s’est donc faite assez naturellement. Déjà largement séduits par leur
ergonomie, leur puissance et leurs promesses, nous n’avions plus qu’à nous laisser
glisser vers le « à quoi bon lutter » et le « ça n’est pas si terrible de dépendre d’eux »
pour nous abandonner complètement au sourire bienveillant de nos nouveaux
maîtres.
D’autant qu’on avait bien d’autres combats, plus distrayants et moins engageants à
mener. Comme disserter de (ou s’égueuler sur) :
– La pertinence de désarmer ou non les polices municipales
– L’urgence d’instaurer une amende de 750 € aux propriétaires de chiens se
baladant sans laisse dans les forêts (Pour être sûrs qu’ils ne nuisent pas à
une espèce protégée.
Lisez ici, c’est stupéfiant :
– L’importance d’aller vérifier que nos riches n’étaient pas trop riches.
– Et mille autres façons de nous diviser sur des combats d’arrière-garde.
Bref, malgré les outrances de Trump, ses menaces, et ses insultes, nous ne sommes
pas encore tout à fait réveillés. Gageons qu’il nous faudra encore quelques coups de
pied aux fesses et quelques humiliations pour qu’on s’intéresse enfin aux sujets de
fond.

Heureusement, en attendant notre réveil, quelques patriotes agissent déjà dans
l’ombre. Car, comme à chaque fois que le pays tout entier semble accepter de se
soumettre, apparaissent, ça et là, des résistants.
Et une fois de plus, c’est Origine France Garantie et son président Gilles Attaf (co-
fondateur des FFI) qui sont en pointe en la matière. Ils sont en train de mettre au
point l’une des principales armes de ces combattants : une certification qui assure
que ce qu’ils présentent comme une technologie souveraine est vraiment souveraine.
Ben oui, le francolavage, dans la techno, ça existe aussi.
Et, nous, FFI, avons décidé de faire ce que nous savons faire de mieux : regrouper
les volontaires, les mettre en valeur sur les réseaux et dans nos événements et faire
du bruit pour que leur voix soit entendue par la population, les politiques et surtout
par leurs clients potentiels. Des grands groupes, collectivités locales, services de
l’État ou PME, qui contribueront, par leurs achats, à la renaissance d’une partie de
notre souveraineté. Le tout en se réunissant au bistrot autour de tirades oniriques.
Voilà pourquoi nous recevons, depuis quelques mois, de plus en plus de nouveaux
adhérents issus du monde des startups et de la tech. On les fait rencontrer des
patrons de PME et d’ETI, des élus, des gens influents. On travaille sur les points
communs, les éléments de convergence avec nos membres industriels pour
dépasser les segmentations sectorielles et faire masse.
Évidemment, il ne s’agit pas d’imaginer qu’on va bouter l’envahisseur numérique d’un
seul coup. Mais on peut déjà constater que :
– Nous avons des solutions de remplacement dans pas mal de domaines.
– Nous avons des compétences sur à peu près tout. Encore faut-il être capables,
c’est vrai, de les retenir afin qu’elles ne partent pas travailler là où elles sont mieux
payées et mieux traitées qu’en France. (Oui… l’égalitarisme et le nivellement par le
bas n’ont jamais vraiment séduit les meilleurs de la classe).
Déjà, on a pu constater que notre État avait commencé à bouger avec les récentes
annonces du gouvernement. Ce dernier a mis un terme à certains contrats que nos
administrations avaient passés avec des GAFAM et racheté Bull. Exemple ici.

La semaine dernière, l’événement du club FFI Splendide a été reçu dans les
magnifiques locaux de Linagora. Son fondateur, Alexandre Zapolsky, est devenu
partenaire de notre mouvement. Il sera donc l’un de ceux qui vont nous aider à
structurer nos actions d’influence et de financement (via nos véhicules
d’investissement) au service de la souveraineté numérique et surtout à voir comment
ce combat pourra aider à la réindustrialisation de notre pays.
L’ancien ministre de l’Industrie et de l’Énergie, Marc Ferracci, s’est joint à cette
rencontre. Nous avons donc pu parler des connexions entre reconquête numérique
et reconquête industrielle. Ceci toujours dans le but de refaire de la France un pays
qui produit, qui cultive, qui innove et qui construit.
À bientôt dans nos clubs et nos événements !