La France n’a pas subi sa désindustrialisation. Elle l’a quasiment organisée via sa politique économique.
C’est un peu l’impression qui se dégage de l’excellente audition d’Anne-Sophie Alsif, PhD et d’Antoine Foucher il y a quelques jours devant le Sénat.
Ils étaient interrogés sur les sujets du coût du travail français. On le soupçonne d’être à l’origine de la perte de performance de nos usines et donc de leur délocalisation. Les deux experts ont répondu que :
– C’était vrai au début de la désindustrialisation.
– Ça n’est plus vrai aujourd’hui si on se compare à l’Allemagne et aux autres grands pays industriels européens. Nous avons un coût du travail inférieur à celui de l’Allemagne.
Le vrai sujet n’est donc plus ce coût, comme l’explique clairement Anne-Sophie Alsif, PhD, mais notre productivité.
Cette dernière a beaucoup baissé en raison d’une politique économique qui a fait un mauvais choix de spécialisation sectorielle.
Constatant que l’industrie était délocalisable, nos politiques ont décidé :
– De la laisser filer. Rien n’a été fait pour la retenir. C’est même le contraire avec des taxes et des contraintes qui l’ont pénalisée.
– De se concentrer sur le développement des services, qu’on pensait à l’époque non délocalisables. Demandez aujourd’hui aux centres d’appels et aux développeurs informatiques si c’est encore le cas. Ils vous parleront de Madagascar ou de l’Inde.
C’était une erreur. Car, comme le dit Anne-Sophie Alsif, PhD les services, parce qu’ils créent moins de valeur ajoutée que l’industrie :
– Paient moins,
– Signent moins de CDI,
– Forment moins.
Bilan, on a aujourd’hui plus de salariés mal payés, en situation précaire et qui restent coincés dans des emplois peu qualifiés dans les services que dans l’industrie.
Et comme on a deux fois moins d’industrie qu’il y a 40 ans et beaucoup plus de services, ce cas est devenu général dans l’économie française.
L’industrie représente 9,4 % de notre PIB, contre 20 % en Allemagne. On comprend donc pourquoi nous nous sommes appauvris ces 40 dernières années pendant qu’eux et la plupart de nos voisins se sont enrichis.
Et, quand on a gardé de l’industrie, rappelle Anne-Sophie Alsif, PhD on s’est concentré sur le milieu de gamme. Or :
– Si les Allemands, concentrés sur le très haut de gamme, n’ont pas été concurrencés par les pays à bas coût pendant longtemps (c’est de moins en moins vrai avec la Chine),
– Notre milieu de gamme est concurrencé depuis des décennies par des pays à bas coût. On sort des produits plus chers qu’eux, du fait d’une productivité inférieure. Et donc, à la fin, on perd ou on délocalise.
Voilà pourquoi c’est important, l’économie.
Il va donc falloir s’y intéresser pour faire les bons choix dans les mois qui viennent. Parce que faire des manifs et se plaindre sur les réseaux, c’est souvent moins efficace sur le long terme.