Chères résistantes, chers résistants, chers soutiens.

Vous avez vu ? On n’a quasiment pas parlé de la dette !?! Il faut dire que, coincé entre les désolants incendies de l’été, l’humiliation du classement PISA et les petites phrases de campagne qui commencent à fuser, le thème avait peu de chance de prendre dans une opinion qui, globalement, n’y prête pas grande attention depuis 50 ans.
Enfin, pardon, on en a tout de même parlé. Mais c’était pour dire n’importe quoi. Un n’importe quoi créatif, presque festif (mettre au feu une partie de cette dette) qui a convaincu la grande tribu de ceux qui ne connaissent pas le sujet et celle, tout aussi nombreuse, des gens qui s’en foutent parce qu’ils pensent que leurs avantages sont financés par l’opération du Saint-Esprit. Et, visiblement, si on en croit les sondages, ça fait du monde. Si vous cherchiez une manifestation concrète de la baisse du niveau scolaire, en voici une : les Français sont de plus en plus nombreux à prendre une hérésie économique pour une idée originale. On n’est pas sortis de l’auberge.
En attendant, qu’on en parle ou pas, notre dette est là. Elle gonfle et elle inquiète, comme l’atteste le dernier hebdo de L’Express qui lui dédie un vaste dossier. Elle inquiète pas seulement par son montant et le pourcentage du PIB qu’elle représente. Mais surtout par notre incapacité collective à prendre les décisions qui s’imposent pour endiguer sa progression.
Alors, les grands argentiers du monde, considérant nos promesses comme peu fiables (il faut dire que certains nous ont crus quand on a dit qu’on allait réformer le système des retraites et faire des économies !?! EmouvanteNaïveté). Et donc, ils nous prêtent plus cher. On aura beau les traiter avec la même reconnaissance qu’un chien qui mord la main qui le nourrit, ça ne changera pas les chiffres. La France emprunte aujourd’hui à des taux plus élevés que l’Italie, mais aussi que la Grèce, l’Espagne, le Portugal. Des pays dont nous nous moquions il y a quelques années quand, emportés par une crise financière, ils avaient dû prendre en catastrophe les mesures que nous refusons d’envisager. Même la Bulgarie, l’un des pays d’Europe dont on a le plus de mal à se souvenir du nom de la capitale, emprunte moins cher que nous.
Selon de récentes estimations, nos prêts vont coûter 100 milliards d’€ d’intérêts chaque année à partir de 2030. Bref, attendons-nous à ce qu’on ait encore plus de mal à payer nos profs, infirmières, policiers, et encore moins d’argent pour entretenir nos forêts et acheter des Canadairs. Tout en voyant grossir le risque que nos prestations sociales ne soient pas seulement désindexées, mais qu’elles s’effondrent, carrément.
Bref, on ne joue plus, les amis. La menace est réelle. Elle est clairement exposée par de nombreux rapports. Une crise de la dette est un phénomène connu, documenté. Les scenarii sont chiffrés et nous avons des exemples concrets de pays voisins qui ont été touchés. C’est du sérieux.
Les « dettosceptiques », ces climatosceptiques de la dette
Eh bien, Mesdames et Messieurs, comme pour le réchauffement climatique, figurez-vous qu’il y en a qui n’y croient pas ! Et il est probable que, en climatosceptiques de la dette, appelons-les donc les « dettosceptiques » (Oui, je sais, le nom est moche), ils persistent dans leur déni. Même devant le spectacle des incendies budgétaires qui consument nos services publics. Parce que ces gens-là qui trouvent pourtant de nombreux défauts à notre pays, pensent que nous ne pourrons pas faire faillite.
- Parce que « la France, ça n’est pas l’Italie, tout de même ». OK, mais je ne sais plus qui a rappelé récemment que les Italiens pensaient « que l’Italie n’était pas la Grèce, tout de même ». Et que les Grecs estimaient que « la Grèce n’était pas l’Argentine, tout de même »…
- Qu’on a des actifs d’une valeur supérieure à notre dette (y compris nos routes nationales, Notre-Dame ou la Joconde qu’on va pouvoir vendre pour payer nos créanciers, si on suit leur raisonnement).
Face à ces « dettosceptiques », ces « anti » de la dette, vous retrouvez le même clan que pour le climat : les ultras.
Eux ne nient pas le problème. Au contraire, ils veulent tout lui sacrifier. Y compris l’économie, c’est-à-dire les emplois, les entreprises et toutes ces choses sans importance qui sont pourtant à l’origine des prélèvements sociaux et fiscaux qu’on voudrait augmenter. Et, comme avec les idéologues du climat, même s’ils veulent bien faire, même s’ils ont compris qu’il y avait un danger imminent, ils sont tellement dogmatiques (et un peu gourds tout de même) qu’ils font n’importe quoi et finissent par nuire à la cause qu’ils défendent.
Jean-Louis Borloo sur TF1. Lien vers cet extrait plus bas.
La France, ce pays de régulateurs, d’inspecteurs et de contrôleurs qui ne fait plus confiance aux gens qui font.
Avez-vous observé ces gens qui, pour défendre la biodiversité, ont rendu l’entretien des forêts et la création de retenues d’eau administrativement tellement complexes que cela a aggravé les feux de forêt, et donc la destruction de ce qu’ils voulaient protéger ? Ils savaient que les désordres climatiques allaient augmenter les risques de catastrophes contre lesquelles nous aurions besoin de mobiliser rapidement de gros moyens.
Mais parce qu’ils se méfient de ceux qui sont sur le terrain, ils ont créé un carcan de paperasse et ont embauché une armée de régulateurs, de contrôleurs et d’inspecteurs. Ce qui a engourdi l’agilité de nos dispositifs (notamment préventifs) tout en consommant une partie des budgets de ceux qu’ils adorent contrôler, ceux qui font.
Bilan, non seulement, leurs règles n’ont rien évité, mais en plus, ils ont aggravé les choses. Borloo ne cesse de répéter la phrase : « Nous étions un pays de producteurs, d’ingénieurs et d’entrepreneurs et que nous sommes devenus un pays d’inspecteurs et de contrôleurs ». C’est tout à fait ça. Et le problème n’est pas de droite ou de gauche.
Fin août, j’ai écouté Carole Delga, Présidente socialiste de La Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée, aux universités d’été du Laboratoire de la République. Elle nous a expliqué que, face à la répétition des sécheresses estivales, elle avait entrepris d’amener de l’eau dans les régions des Pyrénées-Orientales qui en manquent le plus. Son projet est solide techniquement. Mais elle n’a toujours pas pu le lancer parce qu’elle attend des autorisations administratives… depuis 10 ans ! Pendant ce temps, éleveurs et agriculteurs souffrent, les prairies s’assèchent et les pompiers doivent chercher de l’eau plus loin quand une forêt brûle.
Au passage, nous ouvrons une antenne FFI à Toulouse le 29 septembre prochain, dans la région de Carole Delga donc, à l’initiative de notre nouveau franchisé Dominique VALENTIN. Inscription ici.
Mais voilà, ces petits hommes gris et ces belles consciences aux idées inapplicables ne sévissent pas qu’au sujet de l’environnement. On trouve les mêmes aux manettes, sur tous les autres sujets.
Ceux qui nous pondent les lois de finances censées réduire la dette et le déficit sont de ceux-là. Ils sont souvent les héritiers de théoriciens qui pensaient, dans les années 80-90, qu’il suffisait de rendre la vie dure aux chefs d’entreprise et aux actionnaires pour améliorer le sort des ouvriers. 30 ans plus tard, on se rend compte que les usines ont fermé et que l’essentiel de ceux qu’ils prétendaient défendre ne votent plus pour eux. Mais eux continuent à penser que leur méthode est la bonne et qu’il faut continuer.
Quand la technocratie recule, la solidarité et l’initiative avancent.
Interview de Vincent Grard, Trade Republic, par Laurent Moisson, FFI. Disponible sur la chaine de podcast des Forces Françaises de l’Industrie sur toutes les plateformes.
Alors, au lieu de remettre en cause un système qui fuit de partout et de mettre à jour des concepts qui ne marchent plus depuis que la France ne fait plus d’enfants, ils veulent prélever plus d’argent. Un argent qui sera consciencieusement dépensé à faire croire que tout va bien. Qu’on peut encore pratiquer la générosité avec l’argent des autres et que si les choses ne se passent pas comme prévu, c’est qu’il faut encore plus micro-manager ceux qui créent, qui travaillent, qui investissent, tant salariés qu’entrepreneurs, afin de les aider à bien se comporter. Ce faisant, ils continuent d’appauvrir les ménages, de ruiner la compétitivité des entreprises qui finissent par moins consommer, moins investir, moins créer d’emplois, ou carrément disparaître (nous battons chaque année des records de faillites). Privant ainsi celui qui voulait leur tirer plus d’argent de recettes fiscales.
Bilan, la croissance est molle, le chômage remonte, nos solidarités ne sont plus financées que par la dette et on n’a toujours pas préparé notre système des retraites à un vieillissement qu’on voit pourtant venir depuis 50 ans. « Notre maison brûle, mais nous regardons ailleurs », aurait pu dire le militant écologiste qu’était Jacques Chirac s’il s’était intéressé au sujet des déficits publics.
C’est bien connu, quand un système trop rigide subit un choc d’ampleur, il casse ou il se bloque. On l’a vu avec l’embolie de notre gouvernance lors de la crise climatique de cet été ou du COVID. Pas assez de lits, pas assez de Canadairs, pas assez de bras, pas assez d’anticipation… 2 crises, un même constat.
Mais, et c’est là où je me dis que notre pays peut être sauvé, à chaque fois, pendant que les ultras d’une cause s’engueulaient avec les anti, se demandant s’il fallait punir TotalEnergies (ou Big Pharma pour le Covid), les riches, les entreprises, les boomers et le capitalisme ; l’initiative, la solidarité et la fraternité ont jailli de tous les pans de notre société civile pour nous sauver la mise. Cet été, des milliers d’agriculteurs et d’anonymes de tous métiers et de tous bords sont venus en renfort de nos soldats du feu. Comme d’autres étaient venus assister les soignants, les logisticiens et commerçants à l’époque où le Covid avait mis notre système (toujours lui) sur le flanc. Ensemble, ils ont prouvé une fois de plus que quand la technocratie recule, la solidarité interpersonnelle avance.
Bon, évidemment, sur la dette et les dépenses de l’État, les initiatives privées ne peuvent pas régler le problème. Mais on voit bien que, malgré leur réticence à accepter des économies qui vont réduire à court terme certains avantages dont ils bénéficient, les gens s’y préparent.
Vincent Grard, patron France de Trade Republic, me l’a confirmé dans l’interview qu’il m’a accordée en début d’été. Elle est ici.
Devant l’inaction de nos députés et gouvernants, les épargnants s’organisent eux-mêmes. Ceux qui le peuvent sont en train de mettre en place, de façon privée, un complément de capitalisation qui va compenser en partie la baisse annoncée des pensions issues de notre système par répartition. Pour cela, ils sont de plus en plus nombreux à placer leur épargne en actions, sur des supports qui rapportent plus que les livrets garantis par l’État.
Cette situation fait écho à ce qu’on a pu entendre à l’occasion de la parution du dernier rapport PISA. Où, comme le décrit Sophie Audugé dans son livre « L’Éducation nationale en perdition », les parents, conscients que l’école ne donnera pas un bagage intellectuel suffisant à leurs enfants, s’organisent, hors des institutions, en les inscrivant dans des cours privés. (son interview, par Vincent Roux est là).
Évidemment, seuls ceux qui en ont les moyens peuvent le faire. Les autres ne le font pas. Ce qui creuse des écarts de niveau entre riches et pauvres. Et montre à merveille comment une politique égalitariste (on baisse l’exigence scolaire et donc le niveau des élèves pour qu’ils aient tous un diplôme) génère des inégalités.
Tous ces exemples disent la même chose : le problème ne touche pas que la dette, le réchauffement climatique ou l’école. Il est général. Comme l’explique magnifiquement Jean-Louis Borloo dans cet extrait, on aurait pu parler de la gestion de l’hôpital public, de l’ouverture d’une crèche, du lancement du salon de la chaussure ou de la réindustrialisation. Rien ne marche correctement chez nous parce que « notre système est devenu dingue ». Notre État qui aime tant faire la leçon sur ce que devraient faire les autres, n’arrive même plus à lacer ses chaussures tant il est désorganisé.
En France, on croit aux intentions, aux complots, mais pas aux dynamiques de système
C’est évident. Mais, le problème, c’est qu’on ne le voit pas. Parce qu’en France, on ne croit pas aux dynamiques de système. On préfère se focaliser sur les intentions supposées de nos adversaires idéologiques. C’est ce qu’explique très bien Emmanuel Mas, grand observateur du fonctionnement des organisations humaines, que j’ai interviewé pour mon « Contes et légendes de la réindustrialisation ». (achetez-le ici).
Selon lui, quand les choses n’avancent pas ou vont dans la mauvaise direction malgré les alternances, il est plus probable que cela soit le fait d’un système hors de contrôle plutôt que le résultat d’une entente, d’un complot, entre membres d’une élite.
« Il nous faut rebâtir un système basé sur la confiance et cesser de surcontrôler ceux qui produisent », disait Arnaud Montebourg dans cet extrait où il montrait l’absurdité des formulaires Cerfa qu’il a dû remplir pour planter les arbres que sa Compagnie des amandes cultive.
N’accusons donc pas trop les gens, qui font tous, fonctionnaires ou chefs d’entreprise, à peu près ce qu’ils peuvent (même si certains mériteraient quelques baffes). Sortons ceux qui ont peur et qui se méfient de tout le monde des postes à responsabilité et réformons notre système. Tout notre système. Dès maintenant.
Par Laurent Moisson
Nos prochains événements
La France qui produit, et qui cultive… sera à l’honneur lors de notre prochaine soirée parisienne. Le 6 octobre prochain, nous lancerons les Forces Françaises de la Gastronomie. Ce sera un chapitre de notre club consacré à ceux qui font la souveraineté alimentaire de notre pays. Les agriculteurs, les artisans du goût, les restaurateurs, les industriels du secteur, ainsi que les grossistes et les commerçants qui distribuent les produits de nos campagnes.
Ce sera au musée vivant du fromage, ce qui en dit long sur ce qui vous attend, en compagnie de Périco Légasse et Jean-Michel Peuch, grossiste sur le marché de Rungis et président de l’Encyclie qui regroupe nombre de ses collègues. Inscription ici.
On s’y retrouvera avec plaisir !
Nous serons donc le 24 septembre à Lille pour notre événement « Entreprendre en France » que nous organisons avec Origine France Garantie et Nord France Invest. Il sera la première étape d’une tournée qui valorise le rôle indispensable des entreprises familiales dans notre société. Il rappelle qu’il faut encourager leur transmission intergénérationnelle en défendant le pacte mis en place par Renaud Dutreil. Nous avons d’ailleurs mis en place un collectif dédié aux transmissions et reprises d’entreprise que nous vous présenterons ce jour-là.
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