Produire des panneaux solaires en France, c’est possible
Pour Bertrand Lecacheux, produire des panneaux photovoltaïques en France n’a rien d’une utopie, à condition de réunir quatre ingrédients essentiels : une visibilité de long terme pour les clients et les investisseurs, un cadre protecteur face à une concurrence internationale aux règles sociales et environnementales très différentes, des partenariats technologiques avec les leaders mondiaux et une production à très grande échelle, fortement robotisée et digitalisée.
Le marché, lui, est bien réel. En 2025, l’Europe a installé 65 GW de solaire, soit près de dix fois la production annuelle visée par l’usine mosellane. Et avec un objectif de 750 GW installés d’ici 2030, la demande devrait continuer à croître fortement.
À terme, le site produira 10 millions de panneaux par an, 24h/24, mobilisera près de 2 000 emplois directs et fera émerger tout un écosystème industriel et de formation.

Pourquoi la Lorraine ?
Le choix du territoire n’est pas un hasard. Le site de Sarreguemines–Hambach offre plusieurs atouts décisifs : un terrain industriel déjà préparé permettant de gagner un temps précieux, une forte culture industrielle, des possibilités de transfert de compétences depuis des filières en mutation et l’accès à la puissance électrique nécessaire.
À cela s’ajoute la création envisagée d’un centre de formation porté par l’UIMM Lorraine avec la Région Grand Est. Pour un territoire qui appelle depuis longtemps de nouveaux projets industriels, difficile de trouver un exemple plus concret.
Souveraineté énergétique : produire aussi les équipements
La transition énergétique ne peut pas reposer uniquement sur des équipements importés. Si la France veut réduire sa dépendance aux énergies fossiles, elle doit produire davantage d’électricité… mais aussi les technologies qui permettent de la produire.
Le solaire s’inscrit dans cet équilibre, aux côtés du nucléaire. D’autant que les délais de déploiement sont beaucoup plus rapides.

PPE3 : la visibilité qui rend l’industrie finançable
La future Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) apporte un élément clé : la visibilité. Or c’est le premier carburant d’un projet industriel. Elle sécurise les marchés, rassure les investisseurs et introduit davantage de critères de préférence européenne dans les mécanismes publics.
Dans un système électrique largement nucléaire mais vieillissant, la crise de corrosion de 2022 l’a rappelé, diversifier les sources de production reste une stratégie prudente.
Au fil des échanges, un consensus s’est rapidement dégagé : HoloSolis arrive au bon moment.
Le point faible : l’absence d’investisseurs locaux
Un bémol subsiste toutefois. Aujourd’hui, aucun actionnaire du Grand Est n’est présent au capital.
Or on ne peut pas vouloir l’ancrage territorial d’une industrie… et laisser son ancrage capitalistique se construire ailleurs.
Passer de l’intention à l’action
C’est pourquoi, avec leurs homologues de Bourgogne–Franche-Comté, les FFI lancent un véhicule d’investissement régional destiné à orienter une part de l’épargne vers l’industrie productive et accompagner des projets stratégiques.
L’objectif est simple : remplacer le réflexe « on n’est pas sûr que cela marchera » par une autre question, beaucoup plus utile : Que fait-on, concrètement, pour que cela marche ?