Alors que la campagne présidentielle s’annonce, que son lot habituel de polémiques stériles et de fausses promesses va immanquablement déferler sur nos âmes d’enfants, nous sommes heureux de vous proposer de venir écouter l’une des voix qui inspirent nos réflexions sur les moyens de refaire de la France un pays qui produit, qui cultive, qui innove et qui construit.
Le 12 mai prochain, nous recevrons lors de notre soirée des FFI Paris (ouverte à tous les membres FFI de France : réservation ici), Jean-Christophe Fromantin.
Il était entrepreneur avant de se lancer à la conquête de la Ville de Neuilly-sur-Seine. Sur ordre d’un ancien maire devenu président de la République, le parachutage d’un jeune premier du parti au pouvoir y était en cours.
Il n’en fallait pas plus pour agacer Jean-Christophe Fromantin. Ce dernier devait déjà être pétri d’un esprit de résistance cher à notre club et de certaines des convictions qu’il allait exposer plus tard dans ses livres : la République française souffrait d’un centralisme qui empiétait peu à peu sur l’esprit démocratique qui l’animait jadis. Le « faits du prince » dont il était témoin en était l’une des manifestations. Il fallait donc s’y opposer.
Il se présenta donc à la mairie de cette ville hautement symbolique, contre le poulain du président d’alors. Et, malgré les pressions, malgré les certitudes, il gagna. Comme quoi, et c’est la première raison pour laquelle nous souhaitions le recevoir, il est possible pour un entrepreneur issu d’aucun parti de s’engager en politique et de gagner face à l’establishment.
Jean-Christophe Fromantin devint ainsi maire de Neuilly-sur-Seine. Puis député-maire à l’époque où on n’avait pas encore interdit ce salutaire cumul. (Depuis, nous manquons de députés capables de comprendre ce qui se passe dans les communes de France).
Confronté aux contraintes administratives dont notre système accable les élus de proximité, il se rendit bien compte que la France avait un problème. Il se trouva plongé dans un univers opposé à celui qu’il avait fréquenté dans sa vie d’entrepreneur, notamment à l’international, où l’agilité, la prise d’initiatives et l’adaptabilité sont des valeurs clefs. Il constata ce que bien d’autres avant lui avaient touché du doigt : le pouvoir local était sans cesse rogné par un État qui voulait tout régir à la place de ceux que le peuple avait choisis.
De ce choc culturel est née une vision politique originale. Jean-Christophe Fromantin l’a formalisée dans plusieurs livres.

- Le Temps des territoires — Pour un nouveau modèle de croissance — 2011
- Mon village dans un monde global — La place de la France dans la mondialisation — 2011 / 2012 selon les sources
- La France réconciliée — 2014
- 2017, et si c’était vous ? — 2016
- Travailler là où nous voulons vivre — Vers une géographie du progrès — 2018
- Le retour des provinces — Une traversée de la France à vélo — 2026, à paraître le 28 mai 2026
Selon lui, le territoire est tout le contraire de ce que notre système en a fait. Il est LA matrice de prospérité.
Jean-Christophe Fromantin en défend d’ailleurs une vision qui dépasse largement ses frontières administratives. C’est en effet par les territoires qu’il faut penser la mondialisation. Une mondialisation à laquelle il ne s’oppose pas, à condition qu’elle soit un vecteur de mise en contact et de valorisation des initiatives locales, des singularités qui font notre richesse et non un processus qui les nie et les écrase.
Voilà pourquoi il propose de réformer l’État et de réorganiser l’action publique autour des dynamiques économiques concrètes qui naissent de la connexion du local et du global en « repensant le modèle territorial français ».
Pour y parvenir, Jean-Christophe Fromantin estime qu’il faut revenir sur la centralisation française. Coincée entre le terrain et un monde qui se globalise, elle est devenue un handicap.
Notre modèle, trop concentré autour de Paris, des grandes métropoles, des administrations centrales et des quartiers d’affaires, ne fonctionne plus. Dans une tribune de 2025 consacrée à la crise des quartiers d’affaires, il pointait le signe de la fin d’un cycle de concentration urbaine et l’amorce d’un cycle de dispersion et appelait de ses vœux une nouvelle politique « d’économie géographique », capable de réconcilier prospérité, équité et durabilité.
Comme je l’ai écrit dans mon nouvel ouvrage, c’est un point de vue que de Gaulle lui-même avait fait à la fin de ses mandats. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a souhaité, sans succès, réformer la gouvernance de sa Ve République par référendum.

Jean-Christophe Fromantin considère donc que les territoires doivent redevenir les unités stratégiques du développement économique. Selon lui, pour redevenir un pays prospère et influent, la France doit repartir de ses géographies réelles plutôt que de ses structures administratives.
Dans ses travaux, il a identifié « huit pôles territoriaux » capables de remplacer les régions actuelles. Chacun de ces 8 grands “territoires de projet” serait articulé autour d’une métropole connectée au monde et d’un arrière-pays productif. Ces pôles, correspondant mieux aux flux économiques réels, aux mobilités, aux bassins industriels, aux ports, aux réseaux d’innovation et aux capacités de financement des territoires, permettraient à notre gouvernance nationale d’être plus efficace face à la mondialisation.
Autres idées fortes chez Fromantin :
- La prospérité naît de l’enracinement et des interactions locales. Il en veut pour preuve le modèle italien, où les régions fédèrent les énergies locales, soutiennent les entreprises, protègent les transmissions familiales et organisent l’export. Dans une prise de position récente, il souligne que l’Italie a conservé ses industries grâce à des régions efficaces, des chambres de commerce régionales actives et une forte continuité familiale des entreprises.
- Il faut réconcilier économie productive, cadre de vie et identité territoriale. Son livre La France réconciliée est présenté comme une proposition de modèle construit à partir des territoires, avec des réformes de gouvernance, de croissance et d’organisation politique.
Enfin, et ce sujet va sans aucun doute réémerger dans les mois prochains, il estime que redonner du pouvoir aux territoires permettra de restaurer la confiance chancelante en notre démocratie. Il a d’ailleurs proposé en 2024 un gouvernement composé des présidents de région, assistés de secrétaires d’État techniciens, pour remettre l’exécutif en prise directe avec les réalités locales.
Bref, vous l’aurez compris, nous nous apprêtons à recevoir un penseur de l’organisation du pouvoir et de sa géographie, ainsi qu’un entrepreneur qui a réussi à défier des politiques professionnels sur leur terrain. Alors venez en forme, le débat qui suivra son intervention devrait se montrer passionnant !
L’inscription est ici.