Méthode Notre-Dame pour l’industrie : bonne idée, mais trop tardive

7 ans après avoir édicté des lois d'exception qui ont permis de restaurer Notre-Dame en 5 ans, Emmanuel Macron se rend compte qu'il est possible de faire de même pour notre industrie. La « méthode Notre-Dame », a en effet permis de mettre en veilleuse les kyrielles de procédures, de normes et de règlements excessifs dans lesquels les projets français s'enlisent depuis des années. Pour Laurent Moisson, auteur de « Contes et légendes de la réindustrialisation », c'est une bonne idée. Elle est malheureusement tardive et mal exécutée.

Publié le

Modifié le

Rédigé par

En déplacement dans l’Allier, Emmanuel Macron a présenté une nouvelle méthode pour accélérer les projets industriels et agricoles jugés stratégiques.

Il s’agit d’appliquer à 150 grands projets la « méthode Notre-Dame ». C’est-à-dire des procédures simplifiées, des autorisations plus rapides et des contentieux limités. Car, comme on l’écrit ici depuis bientôt 7 ans : il n’y a pas que la fiscalité qui tue la réindustrialisation. Il y a aussi la complexité administrative.

Car, chez nous :

– Chaque petite angoisse, trouille irrationnelle, posture militante avantageuse en société.
– Chaque précaution excessive, mesquinerie ou jalousie de voisins.
– Se termine en normes et règlements administratifs.

Bilan, il faut deux fois plus de temps et bien plus de moyens pour sortir une usine en France qu’ailleurs.
Alors, évidemment, la réindustrialisation patine.
Mais heureusement, l’exécutif a pris la décision de simplifier la vie de 150 grands projets.

« Au total, cela représente 71 milliards d’euros d’investissements cumulés, essentiellement privés, et plus de 32 000 emplois répartis dans 63 départements. », pouvait-on lire dans le Figaro d’hier.

Bien-sûr, nous souhaitons le meilleur aux 150 heureux élus. Notamment ceux dont nous parlons souvent aux Forces Françaises de l’Industrie :

Imerys dans l’Allier.
Arverne en Alsace,
MBDA en Centre-Val de Loire…

L’exécutif annonce qu’il va faire gagner jusqu’à deux ans à ces projets. C’est bien, n’est-ce pas ?
Oui. Mais c’est frustrant aussi. Notamment parce qu’il est tard.

Simplification à la française : « Plus on pédale moins fort, moins on avance plus vite » (Coluche)

Le 1er décembre 2024, nous écrivions, sur LinkedIn, un article particulièrement viral intitulé « Et si on réindustrialisait de la même façon qu’on a reconstruit Notre-Dame ? ». Pour le lire, c’est ici.

Nous n’avions rien inventé. Nous nous contentions de reprendre les propos de constructeurs et d’industriels. Ils enrageaient en constatant que l’État avait su simplifier les procédures qu’il leur imposait au quotidien pour des projets symboliques… Mais pas pour l’industrie.

Il s’était donc bien rendu compte qu’on ne pouvait plus sortir de projets dans des temps raisonnables en France. Mais il n’a rien changé.

Quelques années plus tard, la campagne présidentielle est sur le point de s’élancer. Certains partis s’étant positionnés sur la simplification, on peut espérer une surenchère en la matière. Et donc, quelques beaux gestes de dernière minute.

Formidable, donc ! Malheureusement le mode de simplification choisi par l’exécutif est pour le moins… complexe. On aurait pu simplifier la loi pour toutes les entreprises. Mais, non. On procède par dérogation. En clair, si on annonce qu’on va accélérer 150 projets, il est probable que cela ne soit pas une bonne nouvelle pour les milliers d’autres qui ne sont pas sur la liste.

Les PME et les agriculteurs vont sans doute devoir continuer à se perdre sur les sentiers de notre maquis administratif quand ils veulent élargir leur bergerie, construire ou agrandir leur usine.

On ne va tout de même pas changer une méthode qui perd.

Décidément, la France a un rapport religieux à la simplification. Elle l’invoque souvent, mais la pratique assez peu.

Nos derniers articles