Combien d’usines françaises n’ont pas pu redémarrer faute d’assureur pour les couvrir ? François Ségura est courtier à Lyon, spécialiste de l’industrie, de la construction et des énergies renouvelables. Il rejoint les Forces Françaises de l’Industrie comme partenaire. L’industrie fait parfois peur à ceux qui en couvrent les risques. Pourtant, il a permis à de nombreux clients de trouver des solutions. Assurer l’inassurable est en effet l’une de ses spécialités.
« C’est du bon sens et de l’humain »
Stéphanois d’origine, installé à Lyon, François Ségura a 38 ans et ne vient pas d’une famille d’entrepreneurs. Élevé par sa mère et sa grand-mère, il apprend très tôt le goût de construire. Ainsi, il aide sa mère à retaper un petit appartement acheté avec une prime salariale.
Le jeune homme se rêve dans l’immobilier, mais en 2008, crise des subprimes oblige, aucune agence ne recrute d’alternant. Il entre alors dans une agence d’assurance près de Saint-Étienne, spécialisée dans les PME. Sur place, il découvre un métier où le droit ne représente que « 5 à 10 % » du quotidien. Le reste, c’est du bon sens et de l’humain.
Vers 2012-2013, il choisit de devenir courtier. François préfère en effet représenter ses clients plutôt qu’une compagnie, et mettre les assureurs en concurrence.
Un courtier clermontois lui ouvre alors son cabinet et ses accès aux compagnies, sans rien demander en retour. « Sans lui, je n’en serais pas là », dit-il. Devenu autonome à Lyon, le cabinet se spécialise peu à peu sur l’industrie, la construction et les énergies renouvelables.
« François, on a brûlé. »
Ségura Assurance ne compte plus les anecdotes qui peuvent animer un déjeuner FFI.
Chez eux, on visite les usines, chaussé de très fashion chaussures de sécurité. Il arrive qu’un client appelle : « François, j’ai racheté une fonderie près de la frontière belge. Il faut me l’assurer pour hier. » Dès le lendemain à 5 heures, François prend la route avec l’ingénieur du cabinet.
Par exemple, en juillet 2021, un industriel reprend à la barre du tribunal une entreprise de traitement de surface. Or c’est un secteur que beaucoup d’assureurs fuient. Le site a déjà brûlé deux ans plus tôt et il faut assurer 80 millions d’euros en quinze jours. Le cabinet convainc pourtant une compagnie avec un plan de prévention chiffré et documenté.
Dix-sept jours plus tard, samedi matin, le directeur général appelle : « François, on a brûlé. » La décontamination mobilisera les mêmes équipes qu’à Notre-Dame de Paris. Heureusement, le dossier, préparé avec soin, était couvert. Dit autrement, il leur a sauvé les miches.
François Ségura, un partenaire au service des membres
Les repreneurs d’entreprises industrielles ont tendance à minimiser le coût et les contraintes liés à l’assurance du site qu’ils convoitent. Résultat : ils découvrent souvent un peu tard que l’opération sera plus complexe et plus chère que prévu. Voire infaisable.
En rejoignant les FFI, François Ségura veut aider les membres à comprendre comment éviter cela. Car il connaît les méthodes et les astuces pour convaincre les professionnels du risque. Lui a tout vu : des situations où on demandait 1,5 M€ de sprinklers pour la prévention incendie. Ou encore des quasi-ruines impossibles à mettre aux normes. Parfois, un manque d’anticipation ou de culture métier suffit : voilà alors un industriel forcé de travailler des mois sans couverture.
La méthode de François Ségura : rationnel, stratégique, en amont
Concrètement, sa méthode tient en trois mots : rationnel, stratégique, en amont.
- Rationnel, parce qu’il faut expliquer les règles et chercher des solutions de bon sens adaptées à chaque site. Par exemple, éloigner les bidons des bornes de recharge des chariots ou poser des bacs de rétention sous les huiles. Ou encore préparer la visite de l’ingénieur prévention…
- Stratégique, parce que l’assurance doit figurer dans le business plan dès la conception d’un projet. Elle ne doit pas être découverte une fois le financement bouclé.
- En amont, parce qu’un risque bien présenté, avec un plan de prévention crédible, rassure les assureurs, les banquiers et les investisseurs. Et ça, on dit pas non.
C’est aussi vrai pour la transmission. En effet, quelque 500 000 cessions sont attendues dans les dix prochaines années. François accompagne donc les repreneurs par des pré-audits et aide les cédants à rendre leur entreprise finançable. Face à des financeurs qui connaissent parfois mal l’industrie, un dossier d’assurance clair et maîtrisé devient un atout de négociation.
« Ce qui fait tourner le pays, c’est l’industrie, conclut-il. Il faut accompagner ces gens-là. »