François Abella, quarante ans d’avance dans la tech

De ses premiers jeux vidéo vendus à 17 ans à MADCRM, un CRM souverain, François Abella a traversé quatre décennies d'informatique française avec une constante : arriver là où personne ne regarde encore.

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Des premiers jeux vidéo vendus à 17 ans au CRM souverain MADCRM, François Abella a traversé quatre décennies d’informatique française. Avec une constante : arriver là où personne ne regarde encore. Cofondateur de l’EPITA, il a aussi bâti DQE, devenu un champion de la qualité de données. Pourtant, ce membre de notre club parisien refuse de mettre un pied dans la tombe. « À 60 balais, j’ai encore une histoire à écrire. »

Chez les FFI, nous parlons souvent d’usines, de machines, de gros jouets. Mais la souveraineté se joue aussi dans le logiciel. C’est lui qui héberge les données de nos entreprises, leurs clients, leurs factures. Et c’est sur ce front-là que François Abella a choisi de livrer son ultime bataille.

« Ça nous rajeunit pas, ces conneries »

Tout commence dans un lycée américain. L’adolescent y découvre les ordinateurs et passe ses après-midi devant les machines d’un magasin Radio Shack. Pour lui, c’est « un monde de capacités, avec des doigts et du jeu de cervelle. Tout était possible. »

Dès lors, le virus ne le quittera plus. De retour en France, il publie ses premiers livres chez Sybex à 16 ans. Ses premiers jeux suivent à 17 ans. Encore mineur, il ne peut toutefois pas percevoir ses droits d’auteur : ses parents les encaissent pour lui. Il programme notamment en assembleur les jeux éducatifs des ordinateurs Goupil, la marque française qui équipait l’Éducation nationale. Mais aussi sur Thomson TO7, Texas Instruments…

Puis viennent ses années de fac à Paris 6 (UPMC). Entre sa passion et ses jeux, il décroche en 1987 un master d’IA et de recherche opérationnelle. À l’époque, on parlait de systèmes experts : les initiés reconnaîtront. La même année, par un concours de circonstances, il cofonde l’EPITA avec Patrice Dumoussel et Alain Gourarié. Tout se joue sur la nappe d’un restaurant du Marais.

« Se mettre là où personne ne veut aller »

La suite est une course d’obstacles typique des pionniers. Sa première société, SECIA, repose sur les systèmes experts et un logiciel d’enseignement assisté par ordinateur. Grâce à lui, les professeurs créent des cours de français diffusés sur disquettes jusqu’en Afrique. Mais SECIA arrive trop tôt. Et un concurrent américain plein aux as la copie « de A à Z ».

Chez IRIS Engineering, il applique ensuite l’analyse d’images à la reconnaissance d’écriture. Puis il ouvre un cabinet de conseil et effectue des missions pour Elf. Il y conçoit un logiciel de réduction des accidents dans les raffineries. D’ailleurs, il garde encore précieusement la lettre de félicitations de Loïc Le Floch-Prigent. Après ces années à se balader dans les bureaux des autres, il crée SPAD, spécialisée dans l’analyse de données. Résultat : entrée en bourse en 2007, puis rachat par le groupe Coheris.

Chez SPAD, un constat s’impose finalement : 90 % des problèmes viennent de la qualité des données. Un travail que les informaticiens détestent, trop basique, trop ingrat.

François, lui, y voit une opportunité : « Derichebourg, au départ, c’était le charbon que personne ne voulait toucher. Puis les merdes que personne ne voulait ramasser. Ils ont fait fortune en allant là où personne ne voulait aller. La Data Quality, c’est pareil. »

Il crée ainsi DQE, qui deviendra un champion du secteur. L’entreprise atteint jusqu’à 18 millions d’euros de chiffre d’affaires et 4 millions d’EBITDA. Puis il revend ses parts.

Il aurait donc pu s’arrêter là, on ne lui en aurait pas voulu.

« La donnée, elle se barre. Il faut qu’on la garde »

Pas lui : « À 60 balais, j’ai encore une histoire à écrire. »

Cette nouvelle histoire s’appelle MADCRM. François a investi dans un logiciel CRM mûri pendant plus de dix ans par l’un de ses meilleurs potes. Cet ingénieur est depuis devenu son associé. Le logiciel s’est d’abord diffusé par le bouche-à-oreille auprès de plus de 300 clients.

François y greffe ce qui manquait : une vision d’entrepreneur sur les besoins et une industrialisation des process. Côté tech, il ajoute une IA souveraine adossée à Mistral et des serveurs en France. S’y ajoutent la génération de leads intégrée et une assistance client 24h/24. En outre, le tout repose sur une architecture qui permet aux clients d’ajouter leurs propres modules sans développer l’infrastructure.

Face aux géants américains ? N’importe qui aurait les jetons, mais lui répond : « Pourquoi j’aurais peur ? Le marché est immense et il y aura toujours une place pour quelqu’un qui apporte de l’innovation. La réussite, une fois que t’as bien capté le besoin client, ça se joue sur ton exécution. Comment tu lances tes ventes, comment tu pénètres le marché, etc. La peur ne protège de rien du tout. Faut monter sur le ring, se prendre des baffes, rendre les coups. Mais surtout, faire les choses à fond pour ne rien regretter. Sinon, t’es déjà hors-jeu. »

Sa cible : avant tout les entreprises de toutes tailles, qui raisonnent simplement. Cher ou pas cher, facile ou pas, souverain ou pas.

« Un club d’entrepreneurs qui parlent aux entrepreneurs »

C’est un ami qui lui a soufflé de regarder du côté des FFI. Son verdict : « Un club d’entrepreneurs qui parlent aux entrepreneurs, c’est exactement ce que je recherchais. » Depuis, les échanges avec ses pairs l’ont conforté dans son pari MADCRM.

Son message à la nouvelle génération ? Il est cash : « Allez-y, posez-vous moins de questions ! Entreprendre, c’est se jeter à la mer pour aller chercher la bouteille. Même si tu sais que tu peux te noyer, et que des courants traîtres vont tout faire pour te couler. Mais c’est cette audace qui te définit. C’est dans la galère, à ta façon de t’en sortir, qu’on voit ce que t’as dans le ventre. Et que les autres te respectent. Au final, la réussite sera ta récompense. Faut tenter le coup, sans hésiter. »

Aujourd’hui, François Abella met cette expérience au service des Forces Françaises de l’Industrie. Il nous a rejoints pour structurer le réseau de nos membres autour de la souveraineté numérique. Mais aussi pour accélérer l’usage des technologies dans les PME françaises, encore très en retard sur leurs concurrents internationaux. En somme, un nouveau combat pour celui qui a toujours eu un temps d’avance.

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